Quoi de plus courant que la numérotation de nos maisons. Cela permet de situer l'habitation, le lieu où habitent les gens de notre village. Facilité pour le facteur de distribuer les messages, les lettres, les colis. Tout cela nous semble normal. Pourtant ce n'est qu'en 1967/1968 que la numérotation de notre village a été appliquée. Nouveauté, Progrès ?...
Il faut remonter 1/2 siècle en arrière pour retrouver une numérotation des lieux décidée par l'Armée.
Auparavant, les courriers étaient moins nombreux que de nos jours, on se contentait de libeller le destinataire sous la forme :
Mr.X suivi du prénom
à Fréménil, Département de Meurthe-et-Moselle
Pour l'acheminement postal, il y a eu : Fréménil par Bénaménil, puis Fréménil par Ogéviller, en fonction des dispositions administratives ! Mais à l'intérieur du village, il fallait bien que le facteur fasse appel à sa connaissance des habitants pour acheminer la bonne lettre à la bonne personne. car non seulement ils étaient nombreux, les HENRY, les BENOIT, les MANONVILLER ou les VOINOT, mais il fallait retrouver le bon René, Louis-Nicolas ou Joseph; et je ne vous parle pas des veuves... Cette difficulté de distribution postale liée à l'absence de numérotation des immeubles n'a pas échappé à l'Armée française qui, en ce secteur de combat, était en contact étroit avec la population. Certes, l'acheminement du courrier des militaires faisait l'objet du service des vaguemestres à l'intérieur d'un secteur postal, mais l'administration militaire s'étant substituée à l'administration civile, décision fût prise de numéroter les maisons.

En 1914, Monsieur Paul BALAND, instituteur à Fréménil depuis 1912, est mobilisé et part sur le front. L'administration militaire assure la poursuite de l'enseignement scolaire en nommant un instituteur militaire en la personne du Sergent LECLERC du 37e Régiment d'Infanterie (Territoriaux) d'Auxerre. Il est placé sous les ordres du Commandant LAMY, il est aussi chargé du Secrétariat de la Mairie.
C'est le Commandant LAMY qui décide de la numérotation des maisons de la commune. Le Sergent LECLERC en assure l'exécution sous la forme d'un numéro peint à l'entrée de la maison, mais également un cadre indiquant le nombre d'hommes et de chevaux en stationnement. Cette initiative bénéfique a permis une facilité de la distribution du courrier en une période où facteurs et vaguemestres avaient une moins bonne connaissance des habitants du lieu ainsi que de la présence des nombreux résidents involontaires, les braves poilus en stationnement.
Curieusement cette disposition qui avait prouvé son efficacité a été abandonnée la paix revenue. Le numéro des maisons rappelait-il trop l'époque de la guerre ? Un demi-siècle plus tard, soit en 1967/1968, on retrouve les bienfaits de la numérotation; et il est étonnant de constater que les numéros d'aujourd'hui coincident avec ce qui avait été programmé en 1914-1915 !

Article rédigé par Jean SPAITE en avril 2006 - Photo de Paul Baland ajoutée le 25.08.08