Voici une petite leçon d'histoire à partir d'une carte postale de Fréménil,
1ere guerre mondiale 1914-1918...

  • Cette carte postale représentant la vue extérieure de l'église côté escalier, encadrée de deux maronniers a été éditée par Mr.BASTIEN libraire, éditeur à Lunéville, en 1906. Elle porte l'inscription "Fréménil - Vue intérieure" en sa partie supérieure.
    Mr.BASTIEN a eu le mérite de parcourir le Lunévillois, fixant pour la postérité des clichés révélateurs d'une époque aujourd'hui bien lointaine. Cent ans déjà !... Pour les fréménilois connaisseurs, elle présente de gauche à droite les personnages çi-après :
    • Alice GLAUDEL
    • Henri BENOIT
    • Julia VOINOT
    • Lisa GASCART
    • Louis (ou René) ADAM (en arrière plan)
    • Rose GASCART
    Tous reposent maintenant en paix au cimetière communal.
  • La particularité de cette carte est la suivante : c'est la carte postale que l'on retrouve le plus souvent, concernant le village, dans les brocantes, chez les spécialistes cartophiles, à l'autre bout de la France !...
    Une dame, collectionneuse de cartes postales de Fréménil, m'avouait avoir déniché cette vue dans un marché de la carte postale en Ardéche après l'avoir vainement cherché dans les salons régionaux. C'était il y a déjà quelques années. Depuis, les spécialistes réassortissent leurs produits en fonction des régions d'origine de façon à optimiser leurs ventes.
  • Il y a une explication à cela :
    La carte a été éditée en 1906.
    On pouvait la trouver à l'époque à Lunéville chez son éditeur, Mr.BASTIEN, mais également et surtout à Fréménil chez Mr.HEFTER qui tenait le seul café du village, faisant fonction d'auberge, bureau de tabac et petite épicerie. Il avait donc acheté un stock de cartes postales, pour avoir un prix compétitif, mais aussi dans l'espoir que ce mode d'échange de courrier, "la carte postale", serait une formule d'avenir. Dans les années suivantes on trouvera d'autres clichés réalisés par différents photographes-éditeurs concernant différents aspects du village.
  • Arrive 1914 et la première guerre mondiale. Le 3 août 1914, la guerre est déclarée à l'Allemagne. La région lorraine, située à la frontière de l'empire germanique qui, après la défaite de 1870, avait absorbé nos provinces d'Alsace et Moselle, voit arriver une bonne partie de l'Armée française sur ses terres pour en assurer la défense. Comme toutes les communes de France, Fréménil verra la mobilisation de ses enfants dont beaucoup sont morts pour le Pays. Dès le début des hostilités, les populations de la rive droite de la Vezouze sont évacuées vers l'intérieur (région de Gerbéviller, Vallée de la Mortagne). Si Manonviller, Domjevin, Blémerey, Vého sont desertés, Fréménil en revanche conserve ses habitants qui connaissent l'offensive française du mois d'août suivie de la retraite devant la contre-offensive ennemie, elle-même limitée à la trouée de Charmes puis repoussée enfin sur un front qui stagnera durant tout le reste de la guerre. Bien que figé, ce front restera actif, causant de nombreux morts de part et d'autre que l'on retrouve aujourd'hui au cimetière militaire de Reillon.
    Fréménil se trouve juste à la limite des zones de combat qui ont pour noms : Blémerey, Reillon, Vého, Leintrey, Emberménil. C'est le "premier village de l'arrière" où les troupes peuvent se reposer un peu avant de repartir au combat. C'est le village où l'on trouvera pas moins de "cinq roulantes" pour approvisionner les soldats, tant sur place que "à l'avant" grâce à une noria d'équipes "de marmites et de bouteillons" assurant la nourriture de ces hommes qui en ont bien besoin. Ce sont les "corvées de la soupe" indispensables et qui avaient pour origine, à ce moment, notre petit village.
    Sur place il y aura un petit hôpital de campagne sous la forme de trois "barraques ADRIAN" situées à l'intérieur du village (Angle Grande Rue, chemin de la Maxèle). Fréménil pour les soldats, c'est le repos; c'est une population qui soutient, qui aide, qui considère comme ses fils tous ces petits gars qui viennent de toute la France dans une région inconnue par eux. Et ils le disent chez eux, dans leurs lettres à leurs parents, à leurs amis, à leur payse, à leur promise ... Ils envoient des cartes postales pour montrer où ils sont. "Ici les gens sont gentils avec nous. Il fait bon avec eux". Voici les messages dans les lettres, au dos des cartes postales de Fréménil. La plus vendue est bien la carte représentant l'église, témoignage d'une certaine sérénité de ses habitants, symbole de la paix d'avant le conflit.
  • Nous avons pu retrouver les noms de certains régiments stationnés à Fréménil. Ils permettent de situer la destination des messages envoyés par les soldats de la première guerre, qualifiée souvent de "la grande guerre" tant elle a été dure et trop longue pour tous :
    • 14eme Dragons de Saint Etienne
    • 19eme Dragons de Castres
    • 28eme Dragons de Dijon
    • 10eme d'Infanterie d'Auxonne
    • 75eme d'Infanterie de Romans
    • 27eme d'Infanterie de Dijon
    • 1ere Cycliste de Limoges
    • 15eme Chasseurs à Cheval de Vienne
    • 11eme Hussards de Tarascon
    • 7eme Chasseurs alpins de Draguignan
    • 138eme d'Infanterie de Bruyères
    • 139eme d'Infanterie d'Epinal
    • 348eme d'Infanterie de Saint-Dié
    • 257eme d'Infanterie de Lyon
    • 221eme d'Infanterie de Langres
    • 138eme d'Infanterie de Lyon
    • 217eme d'Infanterie de Gap
    • 335eme d'Infanterie d'Angers
    • 333eme d'Infanterie de Belley
    • 8eme d'Artillerie de Lunéville
    • 34eme d'Artillerie de Lyon
    • 37eme Territorial d'Auxerre
    • 11eme Territorial d'Auxerre
    • 168eme d'Infanterie de Toul
    • 4eme Génie de Grenoble
    • 10eme Génie de Grenoble
    • 14eme d'Artillerie de Tarbes
    • 21eme d'Artillerie d'Angoulême
    • 167eme d'Infanterie de Toul
    • 85eme Territorial de Cosme
    • 16eme Chasseurs à pied de Lille
    • 8eme Chasseurs à pied d'Amiens
    Liste non limitative
    Période 1914-1915-1916
  • N'oublions pas que les habitants de Fréménil, du premier village de l'arrière, qui accueillaient ces troupes, les considéraient avec amitié, assistaient aussi à leur départ à l'attaque. Après un rassemblement le soir, distribution de "gniole" pour être courageux au combat, c'est le départ en silence, la traversée de la prairie, de la Vezouze, la montée vers Blémerey et depuis le village où déjà les larmes coulaient sur les visages, on pouvait voir les feux d'artifice des fusées, on entendait les longs hurlements des attaquants qui se ruaient les uns vers les autres, couverts par les coups de feu continus, les rafales de la mitraille et les salves des canons. Après des heures qui n'en finissaient pas, c'était les premières nouvelles !
    Les mauvaises nouvelles souvent.
    Tel ou tel brave garçon ne reverrait plus son pays. Il était mort au combat. Et souvent l'officier de la compagnie, chargé de transmettre la mauvaise nouvelle à la famille, demandait à la famille fréméniloise qui l'avait hébergé, connu et l'avait accueilli en ami, d'envoyer également un courrier pour soutenir cette famille dans le chagrin. Mais quel bonheur d'apprendre que les autres s'en sont sortis, blessés peut-être, mais vivants.
    De ces rencontres humaines hors du commun sont nées des amitiés entre les gars du Midi, de l'Aquitaine, du Lyonnais... et des Lorrains et des Lorraines. Des mariages sont même nés de cette guerre
  • Une simple carte postale de Fréménil, achetée ici, au village, écrite pendant la guerre 14-18 par un soldat venu de l'autre bout de la France pour défendre son Pays. Il parle des gens d'ici qui sont gentils. Quel beau message de générosité et de fraternité dans un monde bouleversé.
    C'était il y a plus de 90 ans. Puisse ce message être toujours répété au fil des années qui passent...
Cette page d'histoire est le fruit de récits, de confidences, souvent répétées par mes parents et mes grands-parents témoins de cette douloureuse période. Qu'à travers la Carte Postale nos poilus de 14-18 ne soient jamais oubliés.

Article rédigé par Jean SPAITE en mai 2006