En 1852, les habitants de notre village étaient au courant de l'arrivée de la ligne du chemin de fer de Paris à Strasbourg. Ils pouvaient, en se rendant à Lunéville avec leur chariot lorrain ou leur char à banc, aller jusqu'à Nancy et même jusqu'à Paris par le train. Le "progrès" était en marche. Avec envie, ils avaient vu l'ouverture de la ligne Lunéville à Saint Dié en 1864. Et même l'Avricourt-Blâmont-Cirey (l'ABC) en 1870, puis la ligne Baccarat-Badonviller en 1882. A cette époque sur les lignes importantes, on ne négligeait pas les petites gares vouées au trafic omnibus. Alors, ils espéraient qu'un jour, eux aussi, ils auraient leur train; même un petit train, marque tangible du progrès!
Pas loin d'ici, le petit tacot Lunéville-Einville avait vu le jour en 1902, et la vallée de Celles toute proche a eu son train en 1907. Alors, pourquoi pas eux, ici, les gens du Blamontois et du Badonvillois ?


C'est le 29 Juin 1911 que le chemin de fer de Lunéville à Blâmont et à Badonviller est ouvert au public. Cette ouverture a été précédé d'une inauguration en grande pompe, présidée par Monsieur Jean AUGAGNEUR Ministre des Travaux Publics, et Monsieur Albert LEBRUN alors Ministre des Colonies, Député de la Meurthe et Moselle à Briey, futur Président de la République (de 1932 à 1940). Pour avoir recueilli des témoignages de personnes de notre village, le souvenir de ce premier jour était resté vivace.   La petite gare toute neuve de Fréménil, située à 200 m. du village, (construite par Mr. RIZZI entrepreneur à Bénaménil) s'était trouvée décorée de branches de sapin, de fleurs, de guirlandes, de drapeaux tricolores, et, en écho de la broderie perlée pratiquée au village, d'une multitude de perles , de paillettes, de chenilles du plus heureux effet (1). Pour marquer durablement l'arrivée du TACOT dans nos vallées de la Vezouze et de la Blette, la Compagnie LBB (Chemins de fer Départementaux de l'Aube, Réseau de Meurthe et Moselle) avait fait une "journée portes ouvertes" assortie d'un voyage gratuit sur l'ensemble du réseau. Cette opération publicitaire très réussie inaugurait un attachement durable de la population appelée à devenir une fidèle clientèle.  La population desservie par le LBB allait connaître les locomotives à vapeur CORPET-LOUVET type 130 T et leur sifflet caractéristique (Tchoût..), puis les "motrices" vertes DE DION type JM, suivent en 1937 d'un moderne autorail crème et rouge, lui aussi DE DION type OM dernier cri du progrès d'alors. N'oublions pas les voitures voyageurs sur boggies avec des plateformes d'extrémité offrant une vue panoramique appréciée et construites à Lunéville à la Société LORRAINE-DE DIETRICH. Le TACOT faisait ainsi partie du patrimoine régional.

Le brave TACOT, apprécié par tous, allait traverser les guerres, la grande 14-18 où il va être amputé de la partie Domèvre-Blâmont aux mains de l'ennemi, puis la guerre d'un nouveau genre: celle de la route dans la période 1930. L'autobus vint le concurrencer, écrémant son trafic voyageurs en passant dans les mêmes horaires que le TACOT et lui prenant ses clients au cœur des villages. La fréquentation en baisse se traduisant aussi par des économies d'entretien, tant pour la voie que pour le matériel roulant. Puis vint la seconde guerre mondiale au cours de laquelle le brave TACOT, dans des conditions difficiles, donna le meilleur de lui-même au service d'une clientèle avide de s'approvisionner en vivres à la campagne en cette période de restrictions. Les comptes de la Compagnie étant dans le rouge depuis un grand moment, la sentence du Département fut sans appel : La Mort pour le TACOT...remplacé par des autobus à gazogène, tout aussi demandeurs de subventions, d'aides pour continuer le service.  Le Progrès n'est pas toujours là où on croit!

Après l'arrêt du service voyageurs le 31 Août 1942, la gare de Fréménil, un peu à l'écart auprès des vergers et des champs labourés qui constituaient son voisinage, fut achetée par la Commune (2). Pendant de longues années, il en fut ainsi. Revendue par deux fois, les propriétaires successifs y ont apporté maintes transformations et adjonctions. Actuellement, l'aspect extérieur de l'édifice a bien changé.  Parallèlement le paysage du quartier de la gare du Tacot a vu pousser des maisons nouvelles. D'abord en 1974, soit 32 ans après la fin du Tacot, une première maison (M.N.), puis après 29 ans de repos, en 2003, le mouvement de construction s'accélère avec 6 maisons nouvelles jusqu'à ce jour (soit 7 maisons de 1974 à 2010).  Et il y a encore des projets immobiliers pour ce quartier.


Afin de marquer les 100 ans du TACOT, voici quelques vues de la gare de Fréménil d'hier et d'aujourd'hui, et du quartier d'habitations qui y ont pris naissance.


(1) En 1911, le Maire était Félix ADAM (Maire de 1898 à 1914) et entrepreneur de broderies perlées.
(2) En 1942, le Maire était Joseph TOUBHANS (Maire de 1940 à 1945)

Jean SPAITE  Janvier 2011 

Plan quartier de la Gare

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Fréménil - La Gare - 1911

Autorail De-Dion type OM

Autorail De-Dion Type OM - 1937

Gare 2011

Vue en 2011 de la Gare de Fréménil (à comparer avec la vue précédente datant de 1911)

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L'ancienne Gare du Tacot - vue de face - 2011

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L'ancienne Gare vue depuis la plateforme du Tacot (direction Lunéville)

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Maison D.M

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Maison C.M

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Maisons P.N , J.M & S.B