Savoir lire et écrire au XIX° siècle

Les faits qui vont suivre m'ont été rapportés par ma grand'mère. Elle était née en 1874 dans notre petit village. A cette époque l'école était déjà obligatoire et les maîtres d'école d'alors, les fameux "hussards noirs de la République" mettaient un point d'honneur, et ils avaient bien du mal, à avoir des élèves qui savaient en sortant de la scolarité, lire et écrire mais également compter. Sans pour autant être experts en calcul, la plupart savait compter notamment leur nombre de poules et de lapins ! Mais sortis de ces éléments primaires, les divisions, multiplications et même soustractions, présentaient de réels problèmes... Nombreux étaient les adultes à ne savoir ni lire, ni écrire. Ces connaissances essentielles se révélaient être un lourd handicap en cette fin du XIX° siècle où la connaissance de l'écrit et de la lecture devenait de plus en plus indispensables. Par exemple la lecture du journal dans le café du village permettait de connaître la vie du pays ainsi que la vie du monde. Souvent un adulte plus instruit faisait la lecture du papier imprimé à des habitués ignorants, et regrettant leur méconnaissance.

Ma bonne grand'mère avait eu son certificat d'études à 11 ans en 1885. Elle me racontait toujours que le soir après la classe, le maître d'école invitait des adultes illéttrés à apprendre une connaissance qui s'avérait indispensable. On opérait par petits groupes et il avait pris ma grand'mère, malgré son jeune âge, comme aide instructrice pour dispenser sa science auprès de ces aînés ! 

Ouvrons tout de suite une parenthèse pour préciser la différence entre l'illettré et l'analphabète :

  • L'illettrisme est l'état d'une personne qui a bénéficié d'apprentissage mais qui n'a pas acquis, ou a perdu, la maîtrise de la lecture, de l'écriture et du calcul.
  • L'illettrisme est donc à distinguer de l’analphabétisme qui résulte d'une absence d'apprentissage. L’analphabétisme est l'incapacité compléte à lire et à écrire, le plus souvent par manque d'apprentissage.

Actuellement en France, l'illettrisme concerne 3,1 millions de personnes, soit 9% de la population, et parmi ce chiffre impressionnant, il y a 59% d'hommes et 41% de femmes (Renseignements INSEE 2011)

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Revenons à nos instituteurs et à leurs élèves.

L'école publique par ses enseignants, au XXe siècle, avait fait faire de réels progrès aux élèves d'alors, et le précieux diplôme du Certificat d'Etudes prouvait que ses détenteurs savaient : "lire, écrire, et compter ".  Au stade du service militaire pour les garçons, le nombre d'illettrés allait diminuant et était sanctionné par un effort particulier des instructeurs militaires qui faisaient tout leur possible pour rattrapper un regrettable retard. Ce geste généreux  de l'armée mérite d'être souligné.  Dans notre village, tous les élèves sortant de scolarité savaient lire, écrire et compter. Certains, il faut l'avouer avec quelques difficultés et une attirance moins marquée pour les études; leur préférance allant vers les travaux agricoles comme leurs parents, ou vers l'apprentissage d'un métier manuel.

Mais quelques parents, conscients que l'instruction était un outil indispensable dans la vie, avaient décidé d'apporter un complément au savoir de leur progéniture.

Au début du XX° siècle, les garçons allaient une ou deux années à Lunéville à l'Institution St Pierre Fourier, ou au Collège, voire, mais ils étaient rares, au Lycée Poincaré à Nancy. Pour les filles, à Lunéville il y avait l'Institution des Saints Anges qui offrait un enseignement complémentaire général, plus un enseignement ménager réputé. A Baccarat, il y avait pour les filles l'Ecole privée de Gondrecourt, célèbre pour son enseignement ménager.

Courant le XX° siècle, l'enseignement de la vannerie voit le jour à Ogéviller et trouve un réel succés dans nos pays de culture de l'osier où le façonnage des paniers existe depuis des années. Fin de XX° siècle, l'école communale de chaque village a fait place à un enseignement regroupé dans une école unique avec un ramassage scolaire par autobus. Mais en dépit des colléges et lycées sur l'arrondissement et des écoles supérieures et facultés en chef-lieu de département, on nous annonce que le nombre d'élèves ne sachant ni lire ni écrire a augmenté ! Quel désastre !  Nos vieux maîtres d'autrefois doivent se retourner dans leurs tombes ! Ne soyons pas trop pessimistes : la majorité de notre jeunesse est équipée intellectuellement. Elle est même experte en connaissance informatique, envahissante à cette époque. Mais il existe une frange marginale, ignorante d'un savoir minimum, lire-écrire-compter, qui s'avère indispensable pour obtenir un métier.

Comme nous sommes loin de l'époque d'une petite fille, ma grand'mère, qui apprenait à lire à des adultes, au cours du soir.

Savez-vous que l'épouse du Président de la République a créé la Fondation Carla Bruni Sarkosy dont le but est de lutter contre l'illettrisme?

PS:  En 1885, l'instituteur était Joseph RIVET. Aristide RENAULD, l'auteur de la monographie de Fréménil, lui a succèdè en 1886.

J S   Février 2012

PS : Nous n'avons pas de photographie de 1885 montrant les éléves de la classe d'alors avec le maître d'école Monsieur Joseph RIVET, né en 1840 (Il avait donc 45 ans). En revanche, nous avons illustré notre propos par une photo datant de 1956 nous montrant Monsieur Lucien CLAUDE, le dernier instituteur de Fréménil (L'école a fermé en 1963) au milieu de ses élèves dont beaucoup se reconnaîtront. Cette photo a fait l'objet d'un précédent article (lien)