Les générations dernières connaissent peu ADRIAN. Ce nom ne leur évoque pas grand'chose. Pour les générations précédentes, ce nom avait un écho : le "casque ADRIAN" porté par les soldats de la première guerre mondiale (et qui a re-servi au début de la seconde!), ainsi que les "baraques ADRIAN" dont certaines existaient encore dans notre village au siècle dernier.

Mais qui était ADRIAN ?

  • Louis, Auguste ADRIAN est un Lorrain, il est né à METZ le 29 Aout 1859. D'une famille modeste, son père receveur à la Compagnie du Gaz, décide de quitter la Lorraine annexée par la Prusse après la défaite de 1870 pour gagner la France de l'intérieur. Pauvre, mais brillant élève, Louis ADRIAN devient Ingénieur de l'école polytechnique et se spécialise dans le génie. Sa carrière militaire l'amènera à MADAGASCAR, puis au Service de l'Intendance des Armées dont il assurera la réforme. Il part en retraite en 1913. Mais en Août 1914, à la déclaration de la guerre, il a 55 ans, il se porte volontaire pour servir le pays.
Le Casque Adrian
  • Dès les premiers combats, on relève un pourcentage élevé de morts et de blessés victimes à la tête d'éclats d'obus et de balles. La protection des hommes par un casque est à repenser rapidement. L'ingénieux Louis ADRIAN met au point un casque qui portera son nom, relativement léger 700 grammes, qui sera fabriqué dès 1915 notamment par les usines JAPY de PARIS et de BEAUCOURT (territoire de BELFORT). Dès la première année de fabrication en 1915, les usines françaises assurent l'approvisionnement de l'armée. On mentionne que le casque ADRIAN est sorti à 7 millions d'exemplaires et il a permis de sauver des centaines de milliers de vies humaines. Le casque ADRIAN sera également adopté par les armées Belge, Italienne, Serbe, Roumaine, Russe, Hollandaise.

Les Baraques ADRIAN
  • Le génial inventeur ne se limitera pas au casque de protection qui porte son nom. Il met au point une veste contre le froid en peau de mouton, que les fantassins des tranchées apprécient en la surnommant "la peau de bique". Des bottes en cuir les chausseront grâce à Louis ADRIAN. Mais c'est dans l'abri des troupes en campagne qu'il va montrer encore son esprit novateur. Constatant que les troupes ne trouvent refuge que dans l'hébergement chez l'habitant ou sous la toile de tente individuelle, très limitée dans la protection du froid et de la pluie, il met au point un baraquement démontable et de construction rapide. Il mobilise 200 entreprises qui vont sortir "les baraques ADRIAN". Ces abris pourront mesurer jusqu'à 30 m. de long , mais le modèle de base aura une longueur  de 12 m.. Les baraques recouvertes de toile goudronnées seront chauffées. Tout l'avantage du système ADRIAN réside dans la conception originale des fermes en bois qui constituent l'ossature des baraques. Ces  fermes seront espacées régulièrement de 2m. Cet espace intercalaire recevra des panneaux planchéiés formant les murs. Une part de ces murs sera équipée en partie haute de châssis vitrés. La charpente bois assemblée constituant les fermes comportera des poteaux verticaux reposant sur des semelles bois; une écharpe prenant appuis sur les semelles et fixée à l'entret horizontal du plafond s'amarerra à mi-chemin au poteau vertical. Des panneaux planchéiés équiperont également la partie inclinée inférieure des écharpes.  Cette astuce de construction a pour objet d'éloigner les eaux pluviales de ruissellement des parties basses du bâtiment, puisque le-dit bâtiment n'est pas muni de gouttières ni de descentes d'eau. Les baraques pouvaient servir de dortoirs, d'infirmeries, de cantines, de bureaux. L'utilisation en abri de matériel imposait à la commande le choix de pignons équipés de grandes portes à battant permettant l’accès à des voitures, des camions, alors que les baraques étaient généralement équipées de petites portes.
  • En général, les baraques ADRIAN avaient une largeur utile de 6,70m. sur une longueur de 12m. et une hauteur totale de 4m. avec une hauteur utile sous entret de 3,70m. La largeur d'emprise au sol totale était de 8m. ce qui offrait une bonne stabilité compte tenu de l'augmentation du polygone de sustentation. Si la couverture était assurée initialement par l'emploi de toile goudronnée peu coûteuse, d'une mise en oeuvre rapide, on a relevé fréquemment l'utilisation de plaques de tôles ondulées comme matériau de couverture.
  • Le bâtiment proprement dit présentait des avantages appréciables de par sa conception, sa facilité de mise en oeuvre même par une main d'oeuvre non spécialisée, il restait un point délicat à régler, c'était le choix de son implantation qui dépendait de la nature du sol supportant l'ouvrage et de l'assainissement de ses abords. Cet aspect important dépendait des responsables des cantonnements où était décidé la mise en place des baraques.
Baraque Adrian

ADRIAN et Fréménil

  • Notre village avait vu l'implantation, dans le secteur Grande Rue- Chemin de la Maxelle, de plusieures baraques ADRIAN formant un poste de secours en campagne pendant la première guerre mondiale. La paix revenue, ces bâtiments ont été vendus aux enchères par le Service du Génie. C'est ainsi que l'on pouvait voir au siècle dernier, au lieu-dit Le Camp sur la route d'Ogéviller, trois baraques ADRIAN remontées à l'usage d'abris de matériel agricole et appartenant à MMrs. René HENRY, Camille MANONVILLER et Albert MANONVILLER. Au Faubourg, Pierre CHATEL exploitant en vannerie avait réutilisé une baraque pour y abriter son matériel et ses produits finis.
  • Quant aux casques ADRIAN, il n'était pas rare d'en trouver dans nos fermes. Ils avaient une utilisation bien précise: à l'heure de "donner à manger aux poules", ils servaient de réceptacle pour le grain à distribuer aux volailles!

Revenons à l'inventeur des casques et des baraques. 

Très en avance sur son époque, il a fait des recherches sur l'utilisation de l'énergie solaire. ADRIAN, un prècurseur méconnu.

En Octobre 1915, Louis ADRIAN l'Intendant militaire est promu Commandeur de la Légion d'Honneur pour l'ensemble de son travail et le 16 Juin 1920 il est élevé à la dignité de Grand Officier de la Légion d'Honneur. Malade, il se retire en Normandie à GENETS, face au Mont St Michel. Il décède en Aout 1933 à l'Hopital du Val de grâce à PARIS et repose au cimetière de GENETS (Manche) aux cotés de son épouse Marguerite et de son beau-père, le Chef de Bataillon PIGEON.

L'évocation de Louis ADRIAN est un hommage au génie d'un homme qui, dans une période particulièrement meurtrière, s'était donné comme mission la protection de ses frères d'armes. Il mérite que nous ne l'oublions pas.  Qu'il repose en Paix.

Jean SPAITE     Mars 2012

PS : La photo du casque Adrian provient de Wikipedia et est diffusée sous licence libre CeCILL. La photo de la baraque Adrian provient de "pages 14-18 - forum" et a été mise en ligne par michelnemo.

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