Tire-fonds LBB vs SNCFSi notre village a perdu depuis 1942 son chemin de fer départemental dont la ligne de Lunéville à Blamont et à Badonviller faisait halte à Fréménil, le souvenir des trains est resté dans la mémoire de ceux qui ont connu les locomotives à vapeur Corpet-Louvet tirant leurs convois de voitures à voyageurs, ou de wagons de marchandises. Les automotrices De-Dion JM et OM correspondaient au progrès dans l'esprit des gens de la Compagnie ferroviaire, relayé dans la mémoire des populations desservies par le "TACOT". Mais si les témoins de cette époque sont de moins en moins nombreux aujourd'hui, tous ont transmis à leur façon aux générations suivantes les souvenirs "du temps du TACOT".

La belle manifestation  en 2011 du Centenaire de l'LBB à Bénaménil, Lunéville, Blamont, Badonviller accompagnée par la publication du livre remarquable de Marc GABRIEL "L'épopée du LBB" ont fait revivre un temps où notre vallée de la Vezouze mais aussi la vallée de la Blette bénéficiaient du service d'un petit train apprécié de tous.

Si les gens de notre village avaient vu avec envie l'arrivée de la ligne de chemin de fer de Paris à Strasbourg en 1852, puis la ligne ABC l'Avricourt Blamont Cirey en 1870, mais aussi la ligne Baccarat Badonviller en 1882, ils constataient avec amertume que bien qu'entourés par ces différentes lignes, eux , "les Piquants", ils attendaient toujours un train près de chez eux !

Si toutes ces lignes étaient à voie normale (1m435), en 1902 ils sont témoins de l'ouverture du Lunéville Einville, ce dernier en voie de 1m. Pas loin d'ici, en 1907, c'est au tour de la vallée de Celles de bénéficier d'une ligne à voie métrique de Raon l'Etape à Raon sur Plaine. Alors, pourquoi pas eux ?

Aussi, quand en 1909, après maintes tractations administratives, les travaux du Tacot sont entrepris, les populations riveraines, clientèle potentielle, sont largement enchantées. Les gens de chez nous vont surveiller avec sympathie le déroulement des travaux. Et le personnel du LBB arrive. Pour nous, la maison de la halte de Fréménil, construite par l'Entreprise RIZZI de Bénaménil, sera occupée par Mlle Germaine KREMER, la première Cheffesse de gare du lieu.

Le 29 Juin 1911 c'est la fête, l'inauguration par un Lorrain Mr Albert LEBRUN, alors Ministre des Colonies et qui deviendra en 1932 Président de la République. C'est l'occasion de fleurir et décorer comme il se doit le petit bâtiment des voyageurs. Branches de sapin, fleurs en tout genres, plus des paillettes, des perles et des chenilles provenant de la Maison Christian ADAM Entrepreneur local de broderies perlées et Maire  du village. Cette décoration fait l'admiration de tous.  

Mais en 1914, l'horizon s'assombrit et la première guerre mondiale qui va durer quatre ans va voir l'installation de chemins de fer militaires à voie étroite : 0m60.  C'est en 1916 que "le Petit Tacot de la forêt de Mondon" va venir jusqu'à nous. Partant de Ménil-Flin, sur la ligne Lunéville St Dié, il traverse en direction du Nord la forêt de Mondon et, à hauteur de la gare LBB de Domjevin, il se sépare en deux branches :

  • Une Nord vers Domjevin et la zone de la Bonne Fontaine à proximité des lignes du front, ainsi que vers l’hôpital souterrain de Domjevin, direction La Croix du Centre vers Manonviller. 
  • l'autre branche, Est, nous intéresse puisqu'elle est dirigée vers notre village. Elle dessert la carrière du Faubourg où est construit le blockhaus Ouest, descend  derrière les maisons pour atteindre les bords de la Verdurette  à la Banvoire, elle traverse le petit ruisseau à la hauteur des Dombois sur un pont très sommaire, longe toujours le ruisseau et, à la hauteur du chemin du cimetière, tourne à gauche vers le Nord, non sans avoir créé un embranchement à la droite desservant la grosse carrière où est également construit le blockhaus Est dit "du Cimetiére".
La voie de 0m60 continue vers le Nord en traversant la Prairie en direction de Blémerey en empruntant un nouveau pont franchissant la rivière Vezouze. Ce pont consiste en la pose de deux fers I en guise de tablier s'appuyant sur un massif bétonné construit sur chacune des rives du cour-d'eau. La voie Decauville est fixée à même sur les poutrelles faisant office de tablier.   La voie ferrée se poursuit jusqu'à Reillon, à proximité des lignes du front. Dans son trajet final, pour échapper aux regards de l'ennemi tout proche, elle passe dans un tunnel, en réalité une tranchée couverte d'une longueur de 300m.

Cette partie de ligne en direction de Blémerey et Reillon consistera en une artère de transport fort importante pour ravitailler en vivres , en munitions et en évacuation des blessés vers l'arrière, en l’occurrence Fréménil, pendant toute la durée des hostilités. La paix revenue, elle reprendra du service avec l'Entreprise FRANCE-LANORD et BICHATON de Nancy qui exploitera la carrière de sable et gravier, participant ainsi à la reconstruction des villages détruits de Blémerey et Reillon.

Notre village de FREMENIL a donc vécu, que ce soit en période de paix comme en période de guerre, dans un environnement ferroviaire qui l'a marqué. Il ne faut pas s'étonner si, au fil du temps, de nombreux habitants ou descendants de ceux-ci, firent carrière dans les chemins de fer : Cie des chemins de fer de l'EST, SNCF ou LBB.

Pendant la période de guerre, les villages de la rive droite de la Vezouze ayant été évacués, puisque se trouvant dans la zone immédiate des combats, notre village lui, continuait ses activités et la jeunesse continuait d'aller à l'école.  Si l'instituteur Mr BALLAND avait été mobilisé dès le mois d’Août 1914, il avait été remplacé par le Sergent LECLERC instituteur militaire. Et en dehors des cours, "le petit Tacot" constituait pour les élèves une attraction de choix. On regardait avec curiosité les petites locomotives tractant les convois de wagonnets. Quand la voie était libre de toute circulation, les jeunes n'hésitaient pas à occuper le terrain pour faire une balade en wagonnet isolé dans la partie en pente entre le Faubourg et la Banvoire. Un jour de 1917, l'attraction ferroviaire s'est transformée en drame puisque le jeune Robert HENRY, âgé de cinq ans, a chuté du wagonnet et a été tué. Il repose dans notre cimetière communal.  

Nous sommes en 2013, loin déjà de la période d'activité du "Tacot LBB" et du "petit Tacot de la forêt de Mondon". Que reste-t-il aujourd'hui de cette époque ? Comme rappelé ci-avant, le nombre de témoins va en diminuant sérieusement. Il reste quelques "souvenirs matériels".

  • L'ancienne gare de Fréménil a été rachetée par la Commune en 1946 pour le prix de 18.000F. C'est Joseph TOUBHANS Maire qui a signé cet achat et a permis de maintenir sur place les deux cheminots retraités : Mme Germaine BAJOLET née COTEL, ancienne Cheffesse LBB, et Mr Alfred BAJOLET son époux, ancien cantonnier équipe voie LBB. Après leurs décès, ce sont succédés des locataires, puis en 1985  la commune a décidé la vente du bâtiment. La gare a connu deux propriétaires successifs qui ont chacun apporté des modifications. L'aspect extérieur de la construction initiale est profondément changé. Mais pour les habitants de Fréménil, elle reste toujours "la gare". 
  • Après la cessation d'activité du Tacot en 1942, les Allemands ont fait main-basse sur les rails et les traverses ; pour ces dernières les meilleures susceptibles d'être réutilisées sur le mur de l'Atlantique ou sur les voies ferrées de l'Est de l'Europe, en Pologne notamment. Les moins mauvaises ont été cédées aux paysans locaux comme piquets de parc. Et pendant de longues années on pouvait reconnaître les anciennes traverses du Tacot à la présence des trous de perçage pour la fixation des rails. Les années ont passés, les traverses d'antan ne sont plus !
  • Sur l'itinéraire du" petit tacot de la forêt de Mondon", on retrouve par endroit trace de la plateforme dans les bois ainsi qu'aux abords de la Vezouze malgré l'absence du tablier. Mais le temps qui passe et les remembrements divers effacent les traces du petit train.
  • Dans certaines maisons du lieu, il reste quelques tire-fonds du tacot et même des morceaux de rails utilisés comme poutre; ceux-là même qui ont été coulés et laminés à l'aciérie de NEUVES-MAISONS en 1910 et portant la marque CCNM (Chatillon-Commentry-Neuves.Maisons).
  • En levant les yeux, on peut remarquer au N°2 de la Grande Rue (propriété Claude M.) un linteau de porte de grange constitué par un bois d'appareil de voie (que les non-cheminots traduiront par "traverse d'aiguillage") posée de chant laissant apparaître, bien visibles, les trous de perçage pour les tire-fonds de fixation. Cette belle traverse de 3m.70 de longueur provient ,elle, du grand chemin de fer à voie normale, mais qui a trouvé ici une utilisation pérenne.
Linteau de porte avec traverse de chemin de fer

Nous voyons que FREMENIL a été marqué par SES TRAINS. Gardons en mémoire son passé des TACOTS. Parmi ses habitants actuels , il y a encore des cheminots. Mais ce sont des cheminots du grand train SNCF.

J.S.   Janvier 2013