Ils venaient régulièrement dans notre village, les " Camps-Volants ".

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Ils stationnaient près du cimetière sur le chemin latéral qui menait à la prairie. Leur traditionnelle roulotte en bois les abritait pour la nuit, mais le jour c'est à l'extérieur qu'ils menaient leurs activités. Le père de famille travaillait à même le sol ses paniers en osier brut non pelé, des charpagnes, d'où leur autre nom de baptême : "les Charpagnats". La mère s'activait auprès du feu de bois à l'extérieur pour assurer la cuisine très rustique pour son équipe familiale. Au menu, une soupe consistante faite de légumes quelques fois (souvent !) rapinés. La viande s'invitait peut-être sous la forme d'un lapin ou d'un lièvre "pris au collet". Malheur à une poule sortie imprudemment d'une basse-cour voisine éprise de liberté, son sort se terminait souvent dans la marmite des "Camps-Volants". Mais le roi des menus de ces nomades qualifiés aussi de "Bohémiens", de "Romanichels", ou de"Caramouniâhs" en patois lorrain, c'était le hérisson que l'habile cuisinière savait , depuis des générations, transformer en repas succulent.


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L'activité de ce monde du voyage consistait, nous l'avons vu pour le père, à fabriquer des charpagnes auprès du cheval, la richesse de la tribu, qui broutait l'herbe fraîche au bord des chemins. Les enfants étaient désignés pour récolter le long de la Verdurette et de la Vezouze de belles branches de saules pour faire l'armature des paniers. Les soles des oseraies du village étaient souvent visitées au grand dam des propriétaires locaux.  La mère de famille accompagnée de ses filles délaissait sa cuisine pour faire son marché de porte-à-porte. Certes dans un village où les vanniers étaient nombreux, la vente des charpagnes était quasiment nulle, mais elles arrivaient souvent à vendre du fil et des aiguilles aux femmes du lieu qui pratiquaient la couture et surtout la reprise des chaussettes de la famille. La "charpagnatte" proposait toujours de dire "la bonne aventure" à ses interlocutrices. Les lignes de la main dévoilaient des secrets jusqu'alors insoupçonnés ! Tout cela contre "espèces sonnantes et trébuchantes", ou bien, si l'avenir dévoilé était heureux, contre une poulette ou un lapin, ou avec une douzaine d'oeufs. Pendant ce dialogue, il était prudent de ne pas perdre de vue les intervenantes car elles avaient un don supplémentaire : celui de chaparder un objet ! Et puis, si le commerce n'avait pas été fructueux, la marchande faisait toujours appel "à vot' bon coeur,M'sieu-Dame"!    

Dès l'arrivée des "Camps-Volants" près du cimetière, la nouvelle se répandait rapidement : "Les Camps-Volants sont là, i faut fermer vos portes !". A la campagne, il était courant de laisser d'ordinaire le libre accès des maisons. Là, en période de la présence de ces voyageurs réputés chapardeurs, il convenait de se montrer prudent.

A cette époque, il n'y avait pas de borne-fontaine au cimetière du village. Les Camps-Volants allaient puiser de l'eau au petit pont de la Verdurette pour les besoins divers, ou au puits à balancier au coin de la grande rue et du chemin de la gare pour les besoins des repas. On a même vu, fin des années 1940 début 1950, la toilette d'un nouveau-né et peut-être son baptême, à cet endroit auprès des auges pleines d'eau en une saison plutôt fraîche. A t-il été déclaré en mairie, personne ne peut le dire.

Quand les Camps-Volants séjournaient une grande période, disons plusieurs mois, les enfants en profitaient pour fréquenter l'école communale. C'est ainsi que sur la photographie de l'année scolaire 1946-1947, on peut voir l'élève MECKES qui n'est autre qu'un enfant habitant de la roulotte faisant étape à Fréménil à ce moment-là.

On m'a rapporté, il y a plus de vingt ans de cela, que dans une auberge du versant vosgien du Hohneck, il y avait une propriétaire exploitante, fille de Camps-Volants, qui avaient séjourné à Fréménil.

Le temps des Charpagnats près du cimetière est révolu, il nous reste un chapitre de leur histoire que nous avons plaisir à vous révéler. Avec les gens du voyage, il était normal de faire un voyage dans le temps. C'était au siècle dernier....

Jean SPAITE   Janvier 2014