Fréménil, un village lorrain

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dimanche, septembre 13 2009

Ouvrage sur "La Résistance à Fréménil"

Jean SPAITE vient de publier un nouvel ouvrage sur notre village. Son titre : "La Résistance à Fréménil", 30 pages au format A4 illustrées de cartes et photographies d'époque relatent l'histoire du groupe de résistance fréménilois. En voici la présentation :

"Dans le petit village de FRÉMÉNIL, ils furent 7 personnes à constituer le groupe de résistance locale. Ces soldats de l'ombre ont contribué avec peu de moyens, mais avec courage, dévouement et patriotisme, à l'effort de Résistance contre l'occupant.
Pour que le groupe de résistance de Fréménil sorte du silence, pour que les générations qui viennent n'oublient pas ceux qui les ont précédés, il se devait de parler d'eux, ENFIN !...
Réservez bon, accueil à cet ouvrage, souvenir d'histoire locale.
Sortie de l'ouvrage : Octobre 2009"

Cet ouvrage est en vente auprès de l'auteur au prix de 8 Euros (acheté sur place à Fréménil) ou 10 Euros (8 Euros + 2 Euros de port) si vous souhaitez une livraison par La Poste. Pour le commander deux solutions :

1. Imprimer le bon de commande çi-dessous et envoyez-le à l'adresse indiquée accompagné de votre réglement.

La Résistance à Fréménil - Bon de commande

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Pour vous donner une idée du contenu de l'ouvrage, voici quelques images extraites du livre :

samedi, février 14 2009

La poupée du Pépére

Le PEPERE était un paysan lorrain d'une vieille famille originaire de la vallée de la VEZOUZE, né dans la seconde partie du XIX° siècle. Comme beaucoup de ses contemporains , il exploitait un petit train de culture, produisant du blé, de l'orge, des betteraves, des pommes de terre. Le jardin attenant à sa ferme lui permettait une autosuffisance en légumes. Une ancienne chènevière près du ruisseau avait été aussi convertie en terrain potager très fertile. Une petite vigne et une treille en plein midi lui fournissait son raisin. Son cheptel était celui de bien des cultivateurs du village: un cheval, le brave BAYARD, trois vaches, quelques veaux, des poules et des lapins. Quelques ruches venaient compléter son équipage, procurant à la famille du bon miel lorrain.

Dans cette région réputée pour ses productions de vannerie, il possédait également des "saulcis" d'osier lui permettant de travailler des paniers pendant la saison d'hiver, après le cycle laborieux de la coupe des "soles" suivi du pelage au "péleu" et le séchage au soleil des "soles blanches". Ainsi sortaient de ses mains habiles, des corbeilles, des "bonges", des "charpagnes", des "pagnettes", des "volettes", ces claies en osier de forme ronde pour servir la bonne tarte de mirabelles de chez nous!...Quelques arpents de prés situés dans la prairie fournissait du foin et du regain apprécié par les bêtes pendant la saison d'hiver. Ajoutez à tout cela deux vergers plantés de mirabelliers, de cerisiers, de poiriers, de pruniers et de pommiers, de quoi avoir des fruits à longueur d'année.

La MEMERE, son épouse, avait bien du travail pour assurer l'intendance avec ses deux filles. Faire bouillir la marmite  n'était pas un vain mot, tout en se consacrant au ménage, la lessive, l'entretien de la maison, le jardinage, les soins des poules, lapins et cochons,sans compter la traite des vaches. Des journées bien employées pour elle aussi, qui complétait le budget familial par la production de broderie blanche: ici, si les hommes faisaient des paniers, les femmes elles, brodaient des mouchoirs, des draps, des taies d'oreillers pour des maisons réputées de PARIS. En ce temps-là, on ne chômait pas et malgré ce travail intense, on était heureux de vivre!...
   
Activité naturelle de nos paysans lorrains pendant la saison d'hiver: le bûcheronnage. En hiver, "on allait au bois!", car le chauffage des maisons était uniquement assuré par le bois comme combustible. Ce bois qu'il fallait abattre, débarder, débiter en quartiers, ranger en stères, transporter, scier, fendre, faire sécher, puis rentrer à l'abri. D'où le constat populaire: le bois, c'est un excellent moyen de chauffage, mais il donne chaud déjà avant de brûler.

La guerre de 1914-1918 avait dévasté la belle forêt de PARROY et, dans une moindre mesure, la forêt de MONDON. Après le conflit, il a fallu déblayer la forêt qui avait servi de champ de bataille. Les arbres étaient enchevêtrés, le sol était défoncé par les tranchées, les trous d'obus, les vestiges des sapes et des abris. Nos bûcherons lorrains ont assuré cette remise en ordre, assortie malheureusement de découvertes macabres qui ont trouvé un dernier repos au cimetiére militaire de REILLON nouvellement créé. Le travail de bûcheronnage sur ce champ de bataille était rendu dangereux par la présence des obus, des grenades, parfois de mines non éclatées. Le bois lui-même, meurtri par la mitraille, présentait des éclats d'obus néfastes aux lames de scies.

Dans les années 20, le PEPERE a senti le besoin d'augmenter sa productivité et de réduire sa peine. Premiers pas du progrès dans le domaine du bois de chauffage. Si l'abattage des arbres nécessitait l'emploi des haches, des merlins et des coins, le sciage voyait l'utilisation du passe-partout, cette longue et large lame dentée équipée de deux poignées, mise en mouvement de va-et-vient par deux hommes...On ne parlait pas de tronçonneuses en ce temps-là! Cependant les stères de bois stockés sur l'usoir des fermes étaient débités "à l'os", à la scie sur un chevalet.

Le PEPERE avait alors fait l'acquisition d'une scie à ruban mue par un moteur à essence, un BERNARD-MOTEUR, qui devait être bien connu par la suite dans les exploitations agricoles. La traction de cet engin était assurée par le "BAYARD, le brave cheval du PEPERE. Et ainsi, de fermes en fermes, de villages en villages, on pouvait voir l'équipage du "scieur à domicile" préparant le combustible pour la période d'hiver, évitant le long travail de sciage "à l'os" sur le chevalet. Bien sûr, il restait à faire le fendage, mais ce travail était jugé moins pénible que le sciage.

J'ai retrouvé une photo du PEPERE et de sa scie à ruban. Le brave BAYARD attend sagement sur  le côté, les pieds dans la sciure, et les oreilles pleines du chant de la lame débitant ses morceaux de bois.


"ET LA POUPEE ?"me direz-vous...  

 J'y arrive...       

Un jour, le PEPERE a trouvé sur un tronc d'arbre le dessin d'une Alsacienne avec sa coiffe en large ruban. Sans doute l'ouvrage d'un soldat sculpteur au couteau, en mal de sa promise. Le PEPERE avait tenu à conserver ce morceau de bois, témoignage de cette guerre qui avait fait tant de mal. Longtemps, je l'ai vu suspendue à une poutre au-dessus des réduits à cochons, et quand on passait près du "toc" sculpté, on disait bonjour à "LA POUPEE DU PEPERE".


Les années ont passé, le PEPERE nous a quitté il y a bien longtemps, une seconde guerre est venue encore avec ses malheurs.   La pauvre poupée a disparu. Prise de guerre ou bois de chauffage? Nul ne peut le dire. Il reste toujours le souvenir de "LA POUPEE DU PEPERE".
                         

                                                                             Jean SPAITE

Précisons: Le portrait du PEPERE concerne mon propre grand-père Albert MANONVILLER de FREMENIL (1870-1935)

Article écrit par Jean SPAITE et publié dans la REVUE LORRAINE POPULAIRE - AVRIL 2004- N° 177


Le Nicolas

Le NICOLAS ? Mais si, voyons, vous l'avez bien connu ! Il était né en 1875 et il est mort en 1956. Il avait 81 ans. Il était une figure dans son village. Cultivateur il était, cultivateur il était resté, jusqu'à son dernier jour, amoureux de la terre lorraine qui l'avait vu naître. De taille moyenne, coiffé d'une éternelle casquette sur un visage buriné, vêtu du traditionnel pantalon de velours côtelé, il illustrait le type même du RABOUROU (1): le laboureur de chez nous. Les yeux plissés, abrités par des sourcils très fournis,

C'était surtout quand il ouvrait la bouche sous sa moustache abondante pour parler en patois lorrain que l'on était étonné par le personnage. Il maniait le parler de chez nous avec aisance et son langage me posait problème lorsque j'étais petit. Je vous avoue que ses conversations avec ma grand-mère m'obligeaient à m'interroger sur la traduction. Bien gentiment, ma grand-mère me donnait par la suite la signification des mots qui m'avaient échappés. C'est ainsi que j'ai appris le lorrain comme d'autres apprennent une langue étrangère. Comme mon bon vieux grand-père était décédé, il me prit en affection et m'invita à venir avec lui dans les champs. Lui qui avait eu seulement deux filles, il était content d'avoir un garçon dans ses pas!...

Mais comment apprivoiser un gamin lorsque l'on reconnaît son propre côté bourru et pas si facile? C'est bien simple: il y a le CHEVAL !


Après une paire de cheminement sur le dos du "MARQUIS", j'étais convaincu de la belle vie du cultivateur ! Car ce philosophe-paysan maniait l'humour à sa façon. Donc ,son brave cheval de la race ardennaise avait droit au titre de "Marquis". Le NICOLAS possédait six vaches mais avait aussi un boeuf qu'il attelait pour certains transports. Cette grosse bête m'impressionnait car elle n'était pas toujours obéissante. Il ne fallait pas aller près de ses pattes : ce "bestiau" savait décocher "ses coups en vache"! Une telle attitude lui avait donné droit au patronyme de "STAVISKY" par le NICOLAS qui n'aimait pas les banquiers frauduleux en qui il ne fallait pas faire confiance. Avec lui, j'ai connu les quatre coins du ban communal avec les lieux-dits qui fleuraient bon le terroir.

Mais quand on est jeune, on a aussi ses occupations. Il me fallait aller à l'école et laisser "le NICOLAS" à son travail agricole. Quand je le retrouvais, il en avait des choses à raconter. "Tiens, pas plus tard que ce matin, j'étais au "GRAND JOURNAL"(2), près de la grand'route, et ben tiens-toi bien : j'ai vu passer deux camions des bouillons KUB et des potages MAGGY; et pis aussi le camion d'la "COPETTE"...(3) Heureux temps où, sur la route PARIS-STRASBOURG, on pouvait encore dénombrer les camions qui passaient!...


Je me souviens aussi des casse-croute chez lui, dans la cuisine. "Le travail, ça donne faim, ça donne soif, et il faut reprendre des forces, hein petit!.." Avec un cérémonial très rustique,il invitait sa femme , la bonne ALINE, à garnir la table : la miche de pain était coupée en larges tranches et l'on avait droit à la saucisse maison "de not' cochon". Cette charcuterie fumée à coté des bandes de lard et des jambons dans la sombre cheminée occupant un large coin de la cuisine, donc cette saucisse lorraine avait été baptisée par ses soins :" le bout du monde"! Et vraiment, j'appréciais " le bout du monde" du NICOLAS ! Ses filles étaient mariées avec des hommes prénommés tous les deux RENE, il les avait classés par ordre d'ancienneté : Il y avait " le RENE 1" , marié avec l'aînée, et " le RENE 2", époux de la deuxiéme. Hommage à sa façon aux Ducs de LORRAINE. Pince-sans-rire, il annonçait que s'il avait eu une troisiéme fille, il l'aurait appelé SCHOLASTIQUE !(4) Il avait consulté le calendrier, c'est une Sainte que personne ne connaissait : alors personne ne pourrait l'appeler pour lui prendre avec un nom pareil!...

Ce qui m'étonnait toujours, c'était de l'entendre vouvoyer sa femme, la bonne ALINE. Encore une marque de respect, de courtoisie, qui relevait d'une autre époque. 

Les années passant, et marqué par la fatigue, il laissa sa ferme à sa fille cadette et à son " RENE 2". Le NICOLAS et l'ALINE habitèrent dans une petite maison située pas bien loin de la Mairie-Ecole. Là au moins, il voyait des gens : les commerçants qui passaient avec leurs camionnettes, les autres paysans qui travaillaient encore et les gosses qui jouaient sur la place du village. Cette petite maison, il l'avait pompeusement dénommée "Mon Chateau".
 
Un jour, mon cousin MARCEL est venu lui rendre visite avec son épouse.
  "- Comment qu't'es v'nu ici ?
  "- Ben, j'ai une voiture!
  "- Et où est-ce qu'il est ton auto ?
  "- Ben près d'ton ancienne maison, d'vant ta ferme !
  "- Te vas m'faire le plaisir d'aller le chercher tout d'suite et d'le mett'là, d'vant chez nô, pour que les gens d'ici i sachent que j'ai une visite qu'a un auto ! Ah, mais!...

Mon cousin MARCEL obtempéra immédiatement, répondant à cette demande impérative, mais qui donnait satisfaction à un brave homme qui n'avait jamais connu une telle richesse : avoir une voiture... devant chez lui et qui appartenait à quelqu'un de sa famille. A chacun sa fierté!!!... Ce jour-là, la brave ALINE avait ouvert la porte du petit placard placé derrière le beau poêle en faïence. Avec précaution, elle avait sorti les petits verres à pied, puis le flacon de liqueur de sa fabrication : du Blanc-Bouillon, que tout le monde appréciait.  


 "- Te n'vas pas prendre du sirop de bonne femme, MARCEL. Te vas faire comme moé: une petit' goutte!"

Et d'autorité, la mirabelle fut sortie.  Sacré NICOLAS !
 
C'était dans les années 1950. Cette année-là, l'hiver s'était montré rigoureux, plus que d'habitude. Le brave NICOLAS, moins résistant que lorsqu'il était jeune, avait attrapé une mauvaise grippe. L'ALINE "était aux cent coups"(5). Inquiéte à juste titre, puisque le NICOLAS était si mal fichu qu'il était resté au lit une partie de la journée. En cachette, elle fait appeler le Docteur SEGALL, du village voisin. Surprise du malade à la visite à domicile du praticien :
  "- J'ai jamais vu de toubib depuis le Conseil de révision! Alors!..."

Auscultation, diagnostique, traitement: 
  "- Vous allez faire chambre à part pour ne pas refiler votre grippe à votre ALINE.
  "- Jamais d'la vie. J'ai tojo eu ma fôme avo mi, c'name astour que j'vas changer ! (6)
  "- Et puis je vais vous donner un bon sirop. Restez bien au chaud et au bout de huit jours, ça doit aller mieux.
  "- Bon, pour le sirop, passe enco', mais pour le reste, faut pas trop y compter!"
  Consciente de son rôle d'épouse et de soignante, la bonne ALINE veille à l'observation scrupuleuse de la prise de sirop...
  Le flacon de sirop "miraculeux" voisinait dans le petit placard derrière le poêle en faïence juste à côté de la bouteille de mirabelle. Il a beau être qualifié par le docteur de "bon sirop", le NICOLAS n'apprécie pas son goût qu'il trouve amer !
Alors à sa manière , il s'est soigné :                                                                                      "- Allez, c'est l'moment d'prendre le sirop là!". Il prend la cuillère de potion et hop, il recrache vite le sirop sur le plancher. Rien de tel, à son avis, que de prendre une goutte de mirabelle à la place!
Et pour les traces par terre ?
  "- Voyez ALINE, vol enco le peûh katz-lé qu'avo enco pissé ici. Ah! La manre bête !" (7) Innocent, et pour cause, le chat ronronne près du poêle en faïence. Et notre malade s'en est sorti de sa grippe!

  Sacré NICOLAS, va!...
             
                                                                          Jean SPAITE
   NOTES:
  (1) -RABOUROU : Nom masculin- patois lorrain. Le laboureur.
  (2) -Le GRAND JOURNAL  : Lieu-dit communal.
  (3) -La COOPETTE  : La Coopérative (U.C.L.-Union des Coopérateurs de Lorraine).
  (4) -Sainte SCHOLASTIQUE : Soeur de St BENOIT, née à NURSIE(v.480-547). Elle fonda un monastère de femmes près du mont CASSIN. Sa fête était le 10 Février.
  (5) -L'ALINE  " était aux cent coups". Expression lorraine : Inquiétude maximum.
  (6) -"J'ai tojo eu ma fôme avo mi c'name astour que j'vas changer". Lorrain : J'ai toujours eu ma femme avec moi, ce n'est pas aujourd'hui que je vais changer.
  (7) - "Voyez ALINE, vol enco le peûh katz-lé qu'avo enco pissé ici. Ah! La manre bête!". Lorrain : Vous voyez , ALINE, voilà encore le vilain chat-là qui avait encore pissé ici. Ah! La mauvaise bête! 

      Préçisons: Le portrait de NICOLAS concerne Nicolas MANONVILLER de FREMENIL (1875-1956)
     
Article écrit par Jean SPAITE et publié dans La REVUE LORRAINE POPULAIRE Octobre 2003 N° 174


lundi, septembre 15 2008

Le père Denis (1891-1958)

Si vous interrogez un habitant du village qui a connu celui dont nous allons relater ( partiellement !!! ) la vie en posant cette question : " Vous souvenez-vous du Père DENIS ? ", vous avez droit inévitablement à cette réponse : "Le Père DENIS, mais bien sûr, avec ses grandes moustaches !.." Et oui, le détail physique qui caractérisait le personnage, c'était "ses moustaches".
De son vrai nom Désiré, Nicolas DENIS, il était né le 27 Juin 1891 à ANCERVILLER (54). Il avait fait la guerre de 14-18 et en était sorti avec le grade d'adjudant. La Paix enfin revenue, il fallait remettre en état les villages de la zone des combats. FREMENIL avait son église bien abîmée et notamment le plafond de sa nef complètement détruit. Nicolas DENIS, qui devait avoir une trentaine d'années à cette époque, exerçait alors le métier de plâtrier, a donc travaillé à la reconstruction du plafond de l'église et s'est acquitté de sa tâche par un travail impeccable. A côté de l'église, il y avait une petite maison (disparue aujourd'hui) où demeurait avec sa mère, Alice CONTAL. Le plâtrier compétent s'est marié avec la jeune Fréméniloise en 1924. Le jeune couple décide de se fixer à FREMENIL et ils devinrent parents de deux garçons : Louis et Jean.

Nicolas DENIS savait faire beaucoup de choses de ses mains : en plus du plâtre, il travaillait le bois comme menuisier-charpentier. Couvrir un toit entrait dans ses compétences et à l'occasion, il faisait de la maçonnerie. Comme tout le monde, à la campagne, il élevait des poules et des lapins, mais il était le seul à l'époque, à élever une paire de chèvres et un bouc. Un petit jardin, mais aussi une cheneviére convertie en potager lui assuraient les légumes pour la table familiale. Le train de vie qu'il menait était modeste mais il savait s'en contenter, agrémentant les menus quotidiens des récoltes gratuites de champignons, d'escargots, de mûres dont sa femme Alice faisait des confitures. Nicolas DENIS était un des rares habitants de la contrée a manger du hérisson! Comme les Manouches, les gens du voyage, avec qui il n'hésitait pas à parler !

Bien vite, il s'était laissé pousser les moustaches dont il savait se faire un ornement en retournant les pointes extrêmes. Cet aspect physique de moustachu l'avait fait entrer de bonne heure dans le rôle des personnages pittoresques, mais aussi doté d'une certaine sagesse. Il était devenu "Le père DENIS" et son avis sur bien des choses ne laissait pas indifférent.

S'il faisait son étape quotidienne au café du village, c'était pour un casse-croûte fait de pain, d'un morceau de lard ou de saucisse les jours fastes, ou de deux morceaux de sucre, voir rien les jours maigres. Mais toujours devant une chopine de vin rouge, ce vin dont il maculait sa belle moustache à chaque lampée et qu'il essuyait posément du revers de sa main. Il en profitait pour lire gratuitement le journal et, de ce fait, se tenait au courant des événements. Plus tard, quand il aura la chance d'avoir un poste de radio ( vers 1950 environ ) il prendra plaisir à écouter une émission sur l'histoire intitulée "La radio était là "faisant revivre des événements historiques. Il en parlait souvent.

Très patriote, le Père DENIS évoquait la grande guerre d'où il était rentré fort heureusement intact, en dépit des combats, avec le grade d'adjudant. Il se tenait prêt pour la suivante : Il avait sa "cantine "prête avec les habits militaires et surtout un sabre assez long qu'il exhibait à certaines occasions !!

Au cours de la 2° guerre mondiale, il reprit tout naturellement du service dans le groupe local de résistance, sous les ordres de Julien MALGRAS ; A leur actif on peut mettre des déraillements de trains militaires provoqués par des déboulonnages de rails sur la ligne PARIS - STRASBOURG (à EMBERMENIL et à LANEUVEVILLE aux BOIS ) de même que la mise en place des planches à clous sur la RN4 prés de la Forêt de MONDON aux passages des convois allemands dans la zone de "la BARAQUE ". Avec Gaston CARMENTRE, autre membre actif du groupe local de résistance, le Père DENIS récupère un side-car allemand qu'ils vont cacher dans le grenier de Julien MALGRAS le 5 septembre 1944. L'évacuation de pilotes de la RAF et de l' USAF tombés dans la région fait partie des actions du même groupe.

Le 3 Octobre 1944, les Allemands ordonnent l'évacuation de la population de FREMENIL tout d'abord vers HERBEVILLER, puis DOMEVRE et BLAMONT. Au cours de cette période, ils vont subir de nombreux bombardements et vivre dans des conditions difficiles et dangereuses. Le 18 Novembre 1944, les Américains libèrent BLAMONT,et les évacués de FREMENIL peuvent enfin retourner dans leurs maisons qu'ils vont trouver dévastées par les hordes soldatesques.
Le Père DENIS fait partie des premiers Fréménilois retrouvant leurs pénates. Dés lors il se met au travail pour redonner un minimum d'habitabilité à sa maison. Mais on retrouve chez lui son esprit de charité pour son prochain. Malgré sa modeste condition, il sait donner un coup de main, aider les personnes en difficulté. Chez les personnes âgées, il remet en état les fenêtres dont les vitres cassées laissent passer le froid, n'oublions pas qu' en cette fin Novembre 1944, la température est basse. Nous sommes en période de pénurie, on ne trouve plus de vitre, il masque les vides par des cartons. Bien des toitures sont abimées et il pleut! Il faut parer au plus pressé et le brave Père DENIS passe à l'action : remplacer les tuiles défaillantes sur la partie habitable. A sa manière, bien simplement, il se met au service de son prochain. Et nous retrouvons-là le trait de caractère de cet homme qui n'a qu'un but : l'efficacité.

Un dernier tableau : C'était pendant les années 1940. Une pauvre femme venait de mourir. La veuve MONTCOLLOT vivait avec un compagnon sans être mariée. Et ce couple de fait n'avait que peu de moyens. La Commune accepte un enterrement au cimetière, mais ne peut faire plus. Le Père DENIS intervient. Il fabrique lui-même le cercueil le plus simple qu'il soit. Il effectue la mise en bière. Il creuse "le trou" au cimetière et, sans aucun cérémonial, il assure avec l'infortuné et malheureux survivant l'enterrement.
Quand on mesure le chagrin que comporte le départ d'un être cher, quand on voit le geste généreux du Père DENIS dans un contexte fait d'indifférence, d'égoïsme... voire de mépris, on ne peut que dire à ce brave homme : CHAPEAU, Père DENIS, Vous nous avez donné-là une belle leçon.....

Le Père DENIS est décédé le 9 Février 1958 à FREMENIL à 67 ans. Une vie modeste certes, mais empreinte de charité, de générosité de coeur, de patriotisme.

FREMENIL peut être fière d'un habitant qui a su à sa manière, servir son Pays, rendre service autour de lui.



J.S Septembre 2008

dimanche, septembre 7 2008

Lucien CARMENTRE (1886-1982 )


Bien sûr, ce n'était pas un gros cultivateur (il avait 2 vaches, 2 porcs, des poules et des lapins...) mais il produisait du blé, de l'orge, du foin, de la pomme de terre et des betteraves. Comme tout le monde ici, il faisait son jardin, son verger. Mais il était aussi :
  • Apiculteur (il avait une vingtaine de ruches)
  • Vigneron récoltant (il réalisait un honnête vin de table)
  • Vannier (il produisait son osier et le travaillait pour faire des paniers, des bonges, des charpagnes...)
  • Coiffeur-Barbier (sa clientèle locale venait le voir le samedi en fin d'aprés-midi et le dimanche matin avant la messe !!!)
  • Infirmier (il savait soigner bien des maux, les blessures et a souvent tenu, avec réussite, le rôle de "sage-femme"...)
  • Garde-Champêtre
  • Garde-Pêche
  • Appariteur (il arpentait les rues du village avec son tambour pour annoncer les avis officiels)
  • Tueur de cochons (il savait débiter la bête comme un vrai boucher et traîter la cochonaille au maximum de rentabilité. (Il est vrai que dans le cochon, tout est bon !! )
  • Sonneur de cloches (il s'était révélé, au cours des ans, un trés bon carillonneur. On reconnaissait ses mélodies dans les villages environnants : "Tiens, ça, c'est "le Lucien "qui sonne!!")
  • Sacristain (il aidait Monsieur le curé, et, pendant de longues années, c'était lui, "le Lucien", qui préparait le pain béni dans "des paniettes" sur la tablette de la fenêtre de la sacristie. C'était le temps du pain béni...)
  • Maçon (monter un mur ne lui faisait pas peur, réparer un toit ou même remettre en état les culées du pont du chemin du cimetiére (dans les années 1934-1935) entrait aussi dans ses compétences.)
  • Fossoyeur et croque-mort (dans les derniers moments d'un être humain, on faisait appel "au Lucien". Il savait habiller un mort, le préparer pour la veillée funèbre, quelque fois même il a réalisé le cercueil,e t il s'occupait de "faire le trou" au cimetiére.)
  • C'était aussi un amateur de champignons et un pêcheur averti.

En voila des métiers, et pour lesquels, en ces temps-là, on n'exigeait pas de C.A.P. Ce qui comptait, c'était d'être utile.
Lucien joseph CARMENTRE etait né le 24 Septembre 1886 à Fréménil il est décédé le 11 Juin 1982 à Lunéville à l'àge de 96 ans.
Durant la derniére guerre, injustement dénoncé, il fut interné à la prison Charles III à Nancy pour détention d'armes. Toujours prêt à rendre service, le village lui doit beaucoup.

La photo illustrant l'article date de 1964

J S Aout 2008

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