Fremenil, un village lorrain

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mercredi 31 mai 2006

Marie Colin (1861-1949)


Qu'est-ce que Voc'tolé ? Vol'Colin!
  • C'est ainsi que bien souvent Marie Colin faisait son entrée. De petite taille, vêtue de noir, un visage ridé comme une pomme reinette qui vient de passer deux hivers, un fichu noir sur la tête en semaine, ou coiffée d'un indescriptible "chépé" noir le dimanche, Marie Colin nous posait un problème quand nous étions jeunes : Jamais nous n'avons pu concevoir qu'elle avait été une petite fille un jour et puis aussi une jeune fille! C'était hors de notre compréhension.
  • Elle demeurait là où est situé le 14 de la grande rue à Fréménil (54), partie Est, puisque cette maison a été constituée dans les années 1980 par la réunion de deux petites maisons de manouvriers.
  • Sur sa tombe au cimetiere communal, on peut lire : Marie COLIN épouse CHATEL 1861-1949. C'est à 88 ans que s' éteignait une humble fréméniloise dont toute la vie a été marquée par le travail et qui a rendu service a toute la commune.
  • Son pere, Michel Colin (1826-1893), mort a 67 ans, était un pauvre manouvrier, travaillant a droite et à gauche chez les laboureurs qui voulaient bien de lui. Sa mère, Rosalie Adam, dite Zélie, (1828-1915) morte à 87 ans, acceptait tous les travaux pour faire bouillir la marmite : lessive, repassage, raccommodage, etc., sans oublier le jardinage.
  • En 1880, à 19 ans, elle épouse Joseph Chatel tout en restant chez ses parents ( ?). Situation peu ordinaire, vous en conviendrez ! Son mariage sera de courte durée. Au bout de six mois "Le joseph" quitte Fréménil pour Paris où il va trouver une place de cocher de fiacre. Pendant cette période parisienne, il limite ses relations avec Marie Colin à quelques lettres communes avec ses parents : "Ma chère femme, Cher Père et Chère Mère". Curieuse conception d'un couple. Il revient a Fréménil mais reste chez ses parents qui habitent "au Faubourg". En mauvaise santé, il meurt non sans avoir reçu une derniere visite de "sa femme". De cette union, il n'y aura pas de descendance!
  • Marie Colin, confrontée aux dures difficultés de la vie, doit y faire face et, suivant l'exemple de sa mère, elle fera son chemin dans la lessive, le repassage, mais elle devient rapidement habile dans la couture. Elle sait tres bien confectionner des chemises pour homme a partir des coupons de tissus qu'on lui apportait, de même que les pantalons de velours très prisés à l'époque.
  • Quand son pere meurt, elle a 32 ans et sa mère "la Zélie", 65 ans. Les deux femmes vont s'épauler pour faire face au destin, poursuivant leurs durs labeurs. Elles cultivent le petit bout de jardin situé derrière leur maison (partie Est de la maison de M. et Mme Jean-Paul B. 14 Grand-Rue) mais également leur champ " du Paturau" (lieu-dit "les Paturaux" puis les Patureaux-Son A) qu'elle appelait "la Ribotte", ainsi que leur petit verger "des Goths" (sur le chemin de Buriville, a l'angle du sentier du Haut des Meix, Son B parcelle n° 187 Lieu- dit "le Haut des Meix"). Quelques pommiers, mirabelliers, des framboisiers et groseilliers constituent l'essentiel de leur patrimoine. Au moment des travaux agricoles, la Zélie et la Marie Colin traversaient le village poussant devant elles une antique et bruyante carriole d'enfants haute sur 4 roues en fer à rayons dont la caisse fatiguée avait fait place a un coffre sommairement latté où s'entassaient les outils de jardinage et les paniers.
  • A l'aube de la Belle époque, elle a 39 ans et sa mère 72 ans. Pour les deux femmes, les robes a froufrou et le french-cancan sont d'un monde très loin d' elles.
  • Pour famille, Marie Colin avait deux cousines ( Mesdemoiselles Lebrun) habitant Lorquin en Moselle. Elles écrivaient de temps en temps et ce lien épistolaire la remplissait de fierté, pauvre Marie qui n'avait que cette seule manifestation familiale. Quand, après la guerre de 1914 les cousines de Lorquin sont venues la voir a Fréménil, elles ont vu la petite maison de manouvrier de Marie Colin. Apres avoir franchi la porte d'entrée peinte en blanc où la chatière découpée dans le bas laissait passer le bon vieux matou ainsi que les deux poules qui constituaient tout son cheptel, les deux cousines ont pris l' étroit couloir peint à la chaux, tournant à gauche elles ont vu la petite cuisine borgne, éclairée seulement par la porte vitrée du "poêle" qui donne sur la rue. Une "pierre a eau" en grès sans évacuation et sans eau - il fallait aller chercher l'eau au puits en face - une vieille cuisinière, un buffet, une table meublaient la piece plongée dans la pénombre. La belle pièce, c'était le " poêle" où le tic-tac de la pendule à contrepoids donnait un fond musical ponctué par les sonneries du temps qui passe. Une table ronde au centre, un lit de coin avec un "plumon" rouge, un crucifix a bénitier en "tête de lit" à droite de la petite fenêtre dont les persiennes à lamelles étaient grandes ouvertes pour donner plus de lumière. A gauche, il y avait la belle machine à coudre Singer orgueil de la couturiere! Et puis, trônant pas loin du lit, il y avait un vieux fauteuil Voltaire recouvert de dentelle où Marie Colin aimait se reposer.

  • Le poêle en faïence avec la porte de son four en "cuivre jaune" bien astiquée était le meuble important qui valait le nom de la piece. Sur le mur de la cuisine, il y avait des placards remplis de choses dont les feuilletons reliés ( provenant de l'Est Républicain et de l'Éclair de l'Est), et des livres qui constituaient la bibliotheque de Marie Colin. Et puis, je me souviens, sur une étagere, il y avait un "Bachus" à cheval sur un tonneau en Saint-Clément qui avait servi dans le temps de réserve de "goutte" ou de quelque liqueur. Une suspension à pétrole descendait du plafond bas. Les murs étaient recouverts d' un papier peint a rayures verticales. Un calendrier des postes et une ou deux gravures illustraient les murs. Il y avait bien sûr une pièce derrière la cuisine et, en allant vers "les derrières", des remises ou s' entassaient des tas de choses recouvertes de poussières et de toiles d' araignées où Marie Colin allait peu et déconseillait à ses visiteurs d'en faire la découverte : c' était son "reculaurüm" (dixit) qui s'apparentait a un capharnaüm.
  • En 1914, avec la guerre, Marie Colin va connaître. une activité débordante. Elle a 53 ans. Fréménil se trouve être le premier village sur le front de Lorraine (zone de Vezouze) a conserver sa population alors que toute la rive droite de la rivière avait été évacuée de ses habitants. C'est ainsi que Domjevin, Blémerey, Saint-Martin, vides de leurs populations, étaient sous la garde des seuls militaires français. La troupe comprenant le danger que courrait la population civile qui s'accrochait a ses pauvres biens, essayait de compenser cette situation par des actions sociales. Des "cuisines" étaient installées dans certaines maisons du village. Comprenez qu'il s'agissait de " roulantes"! Et les "cuistots" des roulantes se montraient généreux pour ces civils : puisqu'ils partageaient leurs dangers, ils partageraient aussi leurs repas. Les militaires cantonnant dans le village étaient devenus familiers des civils : on se réconfortait mutuellement, on faisait la connaissance de braves gens venus de l'autre bout de la France pour défendre le pays. Des amitiés se nouaient, et, quand un jour, l'ordre tombait de monter a l'attaque du côté de Reillon, de Vého ou de Leintrey, le village angoissé entendait le tonnerre de l' artillerie si proche, la fusillade et les hurlements de l'attaque, la bataille qui n'en finissait pas, les lueurs des incendies dans le ciel. Et quand meurtris, rompus par la fatigue et l'horreur des combats, les régiments redescendaient des lignes, les civils de Fréménil comptaient, eux aussi, les manquants. Que de jeunesse fauchée, combien de fils, de fiancés, d'époux, de pères de famille s'en sont allés ainsi en ces années de guerre...
  • Au service de ces braves qui défendaient la patrie, Marie Colin propose ses talents de couturière. C'était inespéré pour ces hommes dont la plupart ne savaient pas manier une aiguille! Que de boutons recousus, de poches rapiécées, d'accrocs réparés. Car il faut préciser que l'intendance était tres économe des uniformes militaires. Dame, on ne remplaçait pas une chemise ou un pantalon à la légère! Une spécialité de Marie Colin était la confection des calots, ces célebres calots à deux pointes, qui comme tout le reste, s'usaient, se perdaient, se salissaient. Coudre, recoudre, couper, c'était la condition de Marie Colin. Une autre production de notre Marie la Couturiere, pour étonnante qu'elle soit dans ces moments tragiques, c'était "Nénette et Rintintin". Avec des morceaux de laines de couleurs, elle faisait deux petits pantins d'une dizaine de centimètres de hauteur, bras et jambes écartées, des noeuds marquant la tête, le corps et les membres. Ces ornements futiles faisaient la joie des soldats qui n'hésitaient pas à en envoyer à leur famille, messages d'amour de la part de ceux qui faisaient la guerre en Lorraine.
  • En 1915, sa mere "la Zélie" meurt à 87 ans. Voici notre Marie toute seule dans la tourmente. Comme d'habitude, elle va faire face en poursuivant ses activités de couturière. En cette période de guerre, tous ces travaux lui vaudront rémunérations modestes mais qui lui suffiront à survivre.
  • La guerre finie, Marie Colin travaille dur. La couturière de Fréménil a du pain sur la planche pour satisfaire tout le monde, tant au village que dans les villages voisins. L'économie reprend. Il faut bien s'habiller et on n'a encore pas pris l'habitude de se fournir "en confection". Alors elle fait des pantalons, des chemises, des vestes pour homme, des robes, des tabliers, des corsages, des manteaux pour femme. C'est a cette époque qu'elle fait l' acquisition d'une machine a coudre Singer. Quelle légitime fierté que ce témoignage du progrès. Il fallait la voir pédaler pour actionner la courroie de cuir qui faisait tourner la machine dans un "tac-a-tac" triomphant!
  • A propos de chemises, mesurons l'habileté de Marie Colin la Couturière qui honorera une série de commandes : toute seule, elle arrivait à produire quatre chemises d'hommes par jour. Levée avec le soleil, sa première chemise était terminée a 8 heures du matin! Saluons le travail et la rapidité d' exécution comprenant la coupe, l'assemblage, le façonnage du col, des poignets et des boutonnières. Bravo Marie! Avec des chutes de tissus elle fabrique des "patins", chaussons simples et pratiques. Elle va aussi broder des draps, des taies d' oreillers, des mouchoirs, des nappes, pour Madame Alice Manonviller, entrepreneur de broderie blanche a Fréménil. Le Pere Denis, son voisin, avait recours a ses talents pour lui faire réaliser des pantalons de velours dont le tissu provenait des usines Bechmann d'Ogéviller. Pour lui, plâtrier de son état, qui allait sur les chantiers ainsi que pour son fils, le Louis, Marie Colin fabriquait des chemises molletonnées presque inusables. En échange de quoi, il lui faisait son bois pour l'hiver. Pas d'échange d'argent : Cette époque était encore marquée par le troc.
  • Mais toute cette vie active, que d' aucun trouve-ront bien banale était émaillée par des moments de bonheur. Elle aimait les enfants des autres puisqu' elle n'en avait pas. Animée d'une grande foi, elle fréquentait l'église, disait son chapelet et essayait de vivre son temps terrestre en accord avec son catéchisme. Son visage, ridé de bonne heure, savait s'éclairer pour une histoire d'amour. Qu'untel "fréquente" une telle dans le village et notre Marie Colin était contente pour ce roman qui s' annonçait. Romantique, elle l'était, car elle appréciait les livres. Delly, Max du Veuzit, étaient des auteurs qui la comblaient d'aise car, au moins là, tout finissait bien : "Ils furent heureux et eurent beaucoup d'enfants". Et puis c' était souvent une fille pauvre qui rencontrait un beau jeune homme riche, et cela faisait rêver notre Marie Colin. En ce temps-la, on lisait "Les Veillées des Chaumières", les feuilletons des journaux l'Est Républicain, La Croix de l'Est, L'Éclair, Le Pelerin, La Croix (de Paris). Découpés et reliés par un gros fil, ces feuilletons constituaient une bibliotheque que l'on se passait de l'un à l' autre en donnant son appréciation. Le roman qui lui avait laissé un souvenir impérissable, c'était "Patrie perdue" dont l'action se situait en Alsace- Lorraine prise par les Allemands après la défaite de 1870. Pour se tenir au courant de la mode, elle était friande du "Petit Écho de la Mode", "Mon Ouvrage" , "Mode de Paris" qu'on lui prêtait.
  • Elle n'était pas une cuisinière émérite mais aimait encore bien les douceurs. Dans le domaine de la pâtisserie, elle réalisait souvent un "Tôt-fait" qui, comme son nom l'indique devait être rapidement exécuté. Mais que de fois n' était-elle pas à la recherche de la " saprée recette du Tôt-fait" qu'elle avait égarée ! Des moments de bonheur, Marie Colin en trouvait aussi dans les couarails et les veillées. Je me souviens d'elle quand elle venait chez ma grand-mère en plein hiver. La tête couverte d'un fichu noir, une pèlerine sur les épaules, engoncée dans un vieux manteau noir, elle arrivait chargée comme un mulet avec une lanterne et son cabas à rabat contenant son ouvrage de couture ou de tricot. Souvent, je l'ai vue arriver avec son "covah", sa chaufferette pour réchauffer ses pieds trop souvent froids. En dernier, ma grand-mère lui préparait elle-même une chaufferette avec des braises bien chaudes pour qu'elle n'ait pas le souci de ce chargement supplémentaire dans son déménagement. Elle aimait ses veillées ou elle pouvait parler du temps passé, de la guerre de 14, elle citait les noms des soldats, de ceux qui étaient partis pour ne plus jamais revenir; pour elle, tous ces événements étaient proches, elle les revivait à l'instant. Et puis, il ne se passait pas de veillées sans que notre Marie ne chante une chanson. Je l' entends encore chanter de sa voix un peu chevrotante mais encore juste " Froufrou" ou 'La Madelon", mais celle qu'elle aimait bien c'était celle qui racontait à un enfant l'épopée de Son père aviateur pendant la guerre, mort au champ d'honneur :
    "Il est parti sur un nuage, tout là-haut, bien haut Dans les cieux, en disant surtout soit bien sage, Je m'en vais tout prêt du Bon Dieu!".
  • Une autre de ses prouesses vocales était "la chanson des départements". Sous la forme d'une comptine, elle récitait, comme une litanie chantée, les départements de la France avec les chefs-lieux et les sous-préfectures. Véritable exercice de mémoire qu'elle réalisait comme un "chef" !
  • Avec l'âge, Marie Colin perdait ses facultés. Elle devenait "sourde comme un pot" obligeant ses interlocuteurs a crier pour se faire entendre. Sa vue s'en allait aussi et les lunettes équipées de verres gros comme des loupes étaient insuffisantes et ne lui permettaient plus d'exercer ses talents de couturiere et de brodeuse. Elle qui vivait déja chichement était contrainte a de nouvelles économies. Ma grand-mère essayait autant que faire se peut d' améliorer son ordinaire et lui préparait quelques soupes et autres mets plus consistants. Certains dimanches, elle avait droit a un dessert tel que le clafoutis, le savarin ou le baba au rhum qu'elle aimait. Elle ne manquait pas le lendemain de remercier encore et, pour souligner l'excellence de la pâtisserie, elle avait enrichi le vocabu- laire lorrain d'une appellation toute personnelle : "Mon Dieu, le Bibon le Savarin de dimanche, Alice! Mon Dieu, le Bibon!" du préfixe Bi : deux fois et Bon - donc deux fois bon ; quel critère de qualité!
  • Pauvre Marie Colin dont toute sa vie ne fût que travail et sacrifice pour arriver a joindre les deux bouts, à une époque qui ignorait l'allocation vieillesse. Mais sa force fût sa simplicité et sa bonne humeur qui lui permit de traverser les vicissitudes de la vie. Voilà le portrait d'une vie... d'une vie bien simple... Et pourtant dans sa simplicité notre personnage a servi ses contemporains. Chaque individu a une place dans ce monde. Marie Colin, en son temps, a tenu la sienne a sa manière, avec courage, en dépit des difficultés...
Article écrit par Jean Spaite et publié dans la Revue Lorraine Populaire de décembre 1998, No.145

mardi 30 mai 2006

Ouvrage sur les familles de fréménil de 1690 à 1905

  • Si, comme moi, vous vous intéressez à la généalogie, sachez qu'un ouvrage fort intéressant vient d'être édité par deux fréménilois. Il s'agit d'une étude sur les "Familles de Fréménil" de 1690 à 1905. C'est le résultat des recherches de deux membres du Cercle Généalogique du Lunévillois Mr.Hanriat et Mme.Doizenet qui ont patiemment collecté et formatté les informations de nombreuses sources (Registres paroissiaux et d'Etat Civil, archives départementales etc...) pour les présenter en liste chronologique et alphabétique. Vous apprendrez à sa lecture beaucoup de choses sur vos ancêtres, sans doute même découvrirez-vous des ancêtres dont vous ignoriez l'existence. J'ai ainsi pu compléter très facilement ma généalogie, retrouvant grâce à cet ouvrage quelques dizaines d'aieux des 17ème et 18ème siécle. Merci aux deux auteurs pour cet ouvrage passionnant.
  • J'ai cru savoir que d'autres ouvrages étaient en préparation sur le même principe, notamment sur les familles d'Herbéviller. Il vous est possible de vous procurer ce livre au prix de 18 Euros (+ frais de port) en vous adressant à Madame Jacqueline DOIZENET 33 Grande Rue 54450 FREMENIL (03 83 72 21 55)

dimanche 28 mai 2006

Mademoiselle Anna MENGIN (1857-1948)

  • Du vieux clocher de Fréménil, la sonnerie de l'angélus s'envolait sur le village, portant son harmonie sur tout le finage (1) et même au-delà dans les paroisses voisines de Domjevin et de Blémerey qui s'éveillaient à leur tour. Bien peu de personnes savaient que la plus grosse cloche de la trilogie habitant le motet (2) avait pour nom de baptême "Marie-Élisabeth" du nom de sa marraine Marie Elisabeth Anna Mengin, son parrain était Jean Joseph Félix Adam, et c'est en 1896 que la cérémonie de baptême et d'installation de la jeune baptisée avait eu lieu dans le clocher paroissial. Depuis, au gré du temps qui passe et des événements, tristes ou joyeux, elle avait assuré son service de sonner angélus, messes, tocsins ou carillons. Elle faisait partie intégrante de la vie du village, rythmant ponctuellement les activités journalières.
    Mais qui était donc Marie Élisabeth Anna Mengin, sa marraine ?
  • Marie Elisabeth Anna Mengin avait 39 ans lors du baptême de la cloche qui portait son nom. En cette même année 1896, elle devait perdre son père François Nicolas Camille Mengin, âgé de 64 ans, fermier aisé qui vivait de ses rentes et qui avait été maire de la commune de 1870 à 1896. Héritière d'une vieille famille fréméniloise, elle avait vu le jour dans le pays de sa mère Marie Barbe Élisabeth Gérard, à Ancerviller le 23 mai 1857. L'accouchement auprès de la mère de la parturiente était une chose courante en ce temps-là. Son arrière grand-père Nicolas Mengin (1773-1854), maire de Fréménil de 1820 à 1829, avait fait bâtir la ferme qui était la base de cette famille de propriétaires agricoles et qui avait valu sa prospérité. Aujourd'hui encore, on remarque au linteau de la porte d'entrée de cette ferme (sise 9 Grande-Rue) l' inscription :
    18 NMG ♥♥ MTA 22

    qui signifie Nicolas Mengin - Marie-Thérèse Aubry avec datation de la construction 1822.
  • En face de cette ferme (16 Grande-Rue), une belle construction cossue avec un parc attenant était la propriété où résidaient François Nicolas Camille Mengin, son épouse Marie Barbe Elisabeth et sa fille Anna. Une belle grille en fer forgé en limitait l'entrée, cependant que toute la propriété était ceinturée de murs de maçonnerie de deux mètres de haut. Bien des personnes du village et des environs surnommaient la propriété "le château". Il est vrai que la demeure avait fière allure, tranchant avec les autres constructions du village, beaucoup plus modestes, avec ses deux marronniers majestueux flanquant son entrée et un sapin de plus de 12 mètres de hauteur dans le parc jardin voisin.
  • De sa prime enfance,, nous ne disposons que de peu de renseignements. Marie Élisabeth Anna Mengin a bénéficié d'un environnement familial aisé et plein d' attention pour l'enfant unique qu'elle était. Éducation rigide, enseignement particulier par des professeurs privés, pratique musicale, notamment du piano, et travaux de broderie et crochet lui furent prodigués par sa famille. Marie Elisabeth Anna Mengin avait 13 ans lors de la guerre de 1870. Elle a 43 ans en 1900 à la Belle Epoque et 48 ans au décès de sa mère survenu en 1905. Célibataire, répondant à une fière tradition d'une famille aisée et bien pensante, " Mademoiselle Mengin" était respectée par tous. Son esprit de charité l'orientait vers les personnes en difficultés que l'on qualifierait aujourd'hui "d'économiquement faibles". Son esprit religieux la faisait fidèle aux cérémonies paroissiales. Elle avait sa chaise réservée au fond de l'église près des fonts baptismaux, ce qui traduisait là sa modestie, accompagnée de sa fidèle Servante Émilienne Villeman. Aider la paroisse était dans son programme de vie et sa générosité se manifestait par des dons directs au curé en poste, des achats les plus divers. Ne lui doit-on pas l'harmonium qui constitue une première dans les villages environnants, les nombreuses statues : Sacré Coeur, Vierge Marie, Sainte Thérèse, les linges d'autel, les personnages de la crèche de Noël. Le lustre d'éclairage en cristal de Baccarat plein de "pendeloques" ( sorte de larmes qui pendaient sous chaque bougeoir) et terminé par une belle boule également en cristal, faisait partie de ses acquisitions pour l' embellissement de l'église. Ce luminaire d'exception a été définitivement endommagé en octobre 1944 pendant l'évacuation du village et l'occupation par les troupes allemandes puis alliées.
  • Qui ne se souvient de la distribution des oeufs de Pâques à l'issue de la cérémonie du jour ? Ah, quel heureux jour pour les enfants du village : "La Demoiselle" s'installait sur sa chaise à la porte de l'église sous les cloches et procédait elle-même à la distribution. Ces oeufs en sucre, finement décorés faisaient la fierté des gosses que nous étions, nos yeux brillaient de convoitise gourmande. La "Demoiselle" éprouvait une joie bien légitime à faire plaisir aux autres qui compensait sa solitude, elle qui n' avait pas d'enfant... Et là-haut, dans le clocher, les cloches, sa cloche, sonnaient, carillonnaient, sous la frappe experte de Lucien Carmentré.
  • Son dévouement pour les autres, on le retrouve dans la venue d'une "chère soeur" à Fréménil qu'elle obtint de la Congrégation des Soeurs de Saint Charles de Nancy. Ce sera Soeur Sabine qui sera affectée à la lourde tâche de faire le catéchisme, enseigner la couture et les conseils ménagers. La gent féminine du lieu doit beaucoup à cet enseignement précieux et gratuit, à une époque où l'on ne parlait pas de Service Social. La Soeur était logée et nourrie aux frais de " la Demoiselle".
  • En 1914, le canon gronde, elle a 57 ans.
  • "Le château" est réquisitionné pour abriter un commandement militaire. Les officiers apprécient cette vaste maison qui constitue un havre de paix relative à deux pas du front. Rappelons que le front de Lorraine s'est stabilisé pendant près de quatre longues années sur les hauteurs dominantes de la vallée de la Vezouze. Tous les villages situés sur la rive droite du cours d' eau furent évacués : Manonviller, Domjevin, Blémerey, Saint-Martin. Les lieux des combats avaient pour noms : Forêt de Parroy, Emberménil, Leintrey, Vého, Reillon. Le magnifique sapin situé dans le jardin allait constituer un observatoire de premier choix et une platetforme planchéiée avait été aménagée dans ses branchages ainsi qu'une antenne reliée au poste de radio (la TSF), émetteur récepteur sis dans les arrières de la Maison Carmentré (actuellement n° 7 Grande-Rue).
  • La période de paix de 1918 à 1939 se traduit par un calme reposant après l' épreuve de la 1ère Guerre mondiale. Le pays panse ses plaies, reconstruit les maisons détruites. Le "château" est l'objet d'un entretien suivi, cependant que jardin et parc sont confiés aux mains expertes d'un jardinier. Toujours dévouée, "La Demoiselle" n'hésite pas à assurer la formation musicale de quelques élèves et le "château" résonne des notes hésitantes mais cent fois répétées du "gai laboureur" sur le piano du lieu. La pratique religieuse permet la réalisation de magnifiques reposoirs lors de la célébration de la Fête-Dieu et celui situé devant la "Maison de la Demoiselle" rivalise avec ceux du reste du village.
  • 1938 voit des manoeuvres militaires dans notre village. La vie étant un éternel recommencement, une batterie d'artillerie stationne sur le terre-plein devant la maison de Mademoiselle Mengin avec quatre pièces de 105 dont les grosses roues sont équipées de palettes qui se veulent tout terrain.
  • 1939, voici de nouveau la guerre. Mademoiselle Mengin a déjà 82 ans. Les hommes sont mobilisés, "la Demoiselle" n'hésite pas à se mobiliser aussi. Chaque soldat du village va recevoir un colis confectionné avec beaucoup d' amour. Le rude hiver 1939-1940 sera l'occasion d'apprécier les passe-montagnes, les cache-col, les chaussettes et les gants tricotés par ses soins. Elle incite d'autres bonnes volontés à suivre son exemple, se chargeant des colis et des expéditions. Et 1940 voit la débâcle et les prisonniers dans les camps. "La Demoiselle" poursuit inlassablement son travail de fourmi charitable envers les prisonniers et leurs familles.
  • Quatre années de guerre vont passer. "La Demoiselle" subit cette épreuve sachant qu'il y a plus malheureux qu'elle sur terre : les gens des villes qui ont tant de mal à se nourrir, les prisonniers, ses chers prisonniers pour lesquels elle pense et prie... Les soldats sur tous les fronts...
  • Les combats précédant la libération du territoire se rapprochent et le front se stabilise depuis septembre 1944. Nous sommes en pleine bataille de Lorraine qui fait suite à la bataille de Dompaire dans les Vosges qui avait vu les chars de la 2` DB du Général Leclerc s'attaquer aux Panzers allemands. Les "Panthers" rescapés de cette bataille regroupés sur la vallée de la Vezouze, les forêts de Mondon et de Parroy décident une contre-attaque sur Lunéville. La 3ème Armée US du Général Patton et ses chars "Sherman" sortira victorieuse de cette bataille qui aura pour conséquences de nombreux dégâts au nord-est de Lunéville (zone d'Arracourt, Bures, Lezey, Réchicourt).
  • Les autorités allemandes décrètent l'évacuation de toute la population située dans cette zone à dater du 3 octobre 1944. Mademoiselle Mengin fait partie des évacués. Elle part avec sa fidèle servante sur le chariot de son fermier René Henry et les siens. Quelle épreuve pour une femme de 87 ans, étrangère aux campements de fortune, aux risques des bombardements et des mitraillages, à la rudesse des soldats allemands. Ils font étape à Herbéviller, Domévre, Blâmont. Ils logent dans les granges, dans les caves, et rarement dans un vrai lit. Enfin, le 18 novembre 1944, Blâmont est libérée par la 79° Division d' Infanterie US. Quelle joie pour tous, mais tous n'ont qu'une hâte : rentrer chez soi ! La rentrée sera effective le 24 novembre 1944. Quel spectacle de désolation de voir sa maison spoliée, livrée aux courants d'air, des trous d' obus et des flaques d' eau partout, plus d'électricité... Un grand nettoyage s' impose ! Et heureux qui peut encore s'abriter sous un toit, même percé par endroit !... Avec courage, " La Demoiselle" surmonte une fois de plus cette épreuve. Après avoir fait mettre hors d'eau "son château", consciente que les habitants du village n'ont plus qu'une église fortement endommagée, aux vitraux totalement détruits, où l'on ne petit plus célébrer la messe, elle fait aménager à ses frais une chapelle provisoire dans son grenier. La vie reprend peu à peu son cours. C'est l'époque de la reconstruction et de l'espoir en une paix durable enfin retrouvée. Fatiguée par une vie où elle s'est mise toujours au service des autres, "la Demoiselle" s'éteint le 20 novembre 1948 à 14 heures pour un repos mérité à l' âge de 91 ans. Il y a de cela un demi-siècle... Nous garderons d'elle le souvenir d'une personne charitable, empreinte d'une certaine noblesse, qui a marqué à sa façon son passage sur terre.
  • Sur le tombeau familial au cimetière de Fréménil, aucune marque particulière sur les personnages qui y sont enterrés. Puissent ces quelques lignes apporter la preuve que "la Demoiselle" a fait du bien lors de son passage ici-bas. Écoutez... la grosse cloche de l'église pense comme nous...
  • Encore une preuve de son action charitable : la donation perpétuelle que Mlle Mengin a fait à l'hôpital de Blâmant pour réserver un lit destiné à accueillir un malade de Fréménil, hébergement gratuit. Depuis cette donation, de nombreux Fréménilois ont bénéficié de ce service. Discrétion, mais efficacité... Merci " La Demoiselle"...
NOTES
  • (1) Finage : n.m. Territoire relevant de la juridiction d'un seigneur. Par extension, territoire communal paroissial.
  • (2) Motet : n.m. Église (de moustier : monastère).

Cet article a été rédigé par Jean SPAITE et publié dans la Revue Lorraine Populaire d'avril 1999, No.147

dimanche 14 mai 2006

Un peu d'histoire à partir d'une carte postale de Fréménil

Voici une petite leçon d'histoire à partir d'une carte postale de Fréménil,
1ere guerre mondiale 1914-1918...

  • Cette carte postale représentant la vue extérieure de l'église côté escalier, encadrée de deux maronniers a été éditée par Mr.BASTIEN libraire, éditeur à Lunéville, en 1906. Elle porte l'inscription "Fréménil - Vue intérieure" en sa partie supérieure.
    Mr.BASTIEN a eu le mérite de parcourir le Lunévillois, fixant pour la postérité des clichés révélateurs d'une époque aujourd'hui bien lointaine. Cent ans déjà !... Pour les fréménilois connaisseurs, elle présente de gauche à droite les personnages çi-après :
    • Alice GLAUDEL
    • Henri BENOIT
    • Julia VOINOT
    • Lisa GASCART
    • Louis (ou René) ADAM (en arrière plan)
    • Rose GASCART
    Tous reposent maintenant en paix au cimetière communal.
  • La particularité de cette carte est la suivante : c'est la carte postale que l'on retrouve le plus souvent, concernant le village, dans les brocantes, chez les spécialistes cartophiles, à l'autre bout de la France !...
    Une dame, collectionneuse de cartes postales de Fréménil, m'avouait avoir déniché cette vue dans un marché de la carte postale en Ardéche après l'avoir vainement cherché dans les salons régionaux. C'était il y a déjà quelques années. Depuis, les spécialistes réassortissent leurs produits en fonction des régions d'origine de façon à optimiser leurs ventes.
  • Il y a une explication à cela :
    La carte a été éditée en 1906.
    On pouvait la trouver à l'époque à Lunéville chez son éditeur, Mr.BASTIEN, mais également et surtout à Fréménil chez Mr.HEFTER qui tenait le seul café du village, faisant fonction d'auberge, bureau de tabac et petite épicerie. Il avait donc acheté un stock de cartes postales, pour avoir un prix compétitif, mais aussi dans l'espoir que ce mode d'échange de courrier, "la carte postale", serait une formule d'avenir. Dans les années suivantes on trouvera d'autres clichés réalisés par différents photographes-éditeurs concernant différents aspects du village.
  • Arrive 1914 et la première guerre mondiale. Le 3 août 1914, la guerre est déclarée à l'Allemagne. La région lorraine, située à la frontière de l'empire germanique qui, après la défaite de 1870, avait absorbé nos provinces d'Alsace et Moselle, voit arriver une bonne partie de l'Armée française sur ses terres pour en assurer la défense. Comme toutes les communes de France, Fréménil verra la mobilisation de ses enfants dont beaucoup sont morts pour le Pays. Dès le début des hostilités, les populations de la rive droite de la Vezouze sont évacuées vers l'intérieur (région de Gerbéviller, Vallée de la Mortagne). Si Manonviller, Domjevin, Blémerey, Vého sont desertés, Fréménil en revanche conserve ses habitants qui connaissent l'offensive française du mois d'août suivie de la retraite devant la contre-offensive ennemie, elle-même limitée à la trouée de Charmes puis repoussée enfin sur un front qui stagnera durant tout le reste de la guerre. Bien que figé, ce front restera actif, causant de nombreux morts de part et d'autre que l'on retrouve aujourd'hui au cimetière militaire de Reillon.
    Fréménil se trouve juste à la limite des zones de combat qui ont pour noms : Blémerey, Reillon, Vého, Leintrey, Emberménil. C'est le "premier village de l'arrière" où les troupes peuvent se reposer un peu avant de repartir au combat. C'est le village où l'on trouvera pas moins de "cinq roulantes" pour approvisionner les soldats, tant sur place que "à l'avant" grâce à une noria d'équipes "de marmites et de bouteillons" assurant la nourriture de ces hommes qui en ont bien besoin. Ce sont les "corvées de la soupe" indispensables et qui avaient pour origine, à ce moment, notre petit village.
    Sur place il y aura un petit hôpital de campagne sous la forme de trois "barraques ADRIAN" situées à l'intérieur du village (Angle Grande Rue, chemin de la Maxèle). Fréménil pour les soldats, c'est le repos; c'est une population qui soutient, qui aide, qui considère comme ses fils tous ces petits gars qui viennent de toute la France dans une région inconnue par eux. Et ils le disent chez eux, dans leurs lettres à leurs parents, à leurs amis, à leur payse, à leur promise ... Ils envoient des cartes postales pour montrer où ils sont. "Ici les gens sont gentils avec nous. Il fait bon avec eux". Voici les messages dans les lettres, au dos des cartes postales de Fréménil. La plus vendue est bien la carte représentant l'église, témoignage d'une certaine sérénité de ses habitants, symbole de la paix d'avant le conflit.
  • Nous avons pu retrouver les noms de certains régiments stationnés à Fréménil. Ils permettent de situer la destination des messages envoyés par les soldats de la première guerre, qualifiée souvent de "la grande guerre" tant elle a été dure et trop longue pour tous :
    • 14eme Dragons de Saint Etienne
    • 19eme Dragons de Castres
    • 28eme Dragons de Dijon
    • 10eme d'Infanterie d'Auxonne
    • 75eme d'Infanterie de Romans
    • 27eme d'Infanterie de Dijon
    • 1ere Cycliste de Limoges
    • 15eme Chasseurs à Cheval de Vienne
    • 11eme Hussards de Tarascon
    • 7eme Chasseurs alpins de Draguignan
    • 138eme d'Infanterie de Bruyères
    • 139eme d'Infanterie d'Epinal
    • 348eme d'Infanterie de Saint-Dié
    • 257eme d'Infanterie de Lyon
    • 221eme d'Infanterie de Langres
    • 138eme d'Infanterie de Lyon
    • 217eme d'Infanterie de Gap
    • 335eme d'Infanterie d'Angers
    • 333eme d'Infanterie de Belley
    • 8eme d'Artillerie de Lunéville
    • 34eme d'Artillerie de Lyon
    • 37eme Territorial d'Auxerre
    • 11eme Territorial d'Auxerre
    • 168eme d'Infanterie de Toul
    • 4eme Génie de Grenoble
    • 10eme Génie de Grenoble
    • 14eme d'Artillerie de Tarbes
    • 21eme d'Artillerie d'Angoulême
    • 167eme d'Infanterie de Toul
    • 85eme Territorial de Cosme
    • 16eme Chasseurs à pied de Lille
    • 8eme Chasseurs à pied d'Amiens
    Liste non limitative
    Période 1914-1915-1916
  • N'oublions pas que les habitants de Fréménil, du premier village de l'arrière, qui accueillaient ces troupes, les considéraient avec amitié, assistaient aussi à leur départ à l'attaque. Après un rassemblement le soir, distribution de "gniole" pour être courageux au combat, c'est le départ en silence, la traversée de la prairie, de la Vezouze, la montée vers Blémerey et depuis le village où déjà les larmes coulaient sur les visages, on pouvait voir les feux d'artifice des fusées, on entendait les longs hurlements des attaquants qui se ruaient les uns vers les autres, couverts par les coups de feu continus, les rafales de la mitraille et les salves des canons. Après des heures qui n'en finissaient pas, c'était les premières nouvelles !
    Les mauvaises nouvelles souvent.
    Tel ou tel brave garçon ne reverrait plus son pays. Il était mort au combat. Et souvent l'officier de la compagnie, chargé de transmettre la mauvaise nouvelle à la famille, demandait à la famille fréméniloise qui l'avait hébergé, connu et l'avait accueilli en ami, d'envoyer également un courrier pour soutenir cette famille dans le chagrin. Mais quel bonheur d'apprendre que les autres s'en sont sortis, blessés peut-être, mais vivants.
    De ces rencontres humaines hors du commun sont nées des amitiés entre les gars du Midi, de l'Aquitaine, du Lyonnais... et des Lorrains et des Lorraines. Des mariages sont même nés de cette guerre
  • Une simple carte postale de Fréménil, achetée ici, au village, écrite pendant la guerre 14-18 par un soldat venu de l'autre bout de la France pour défendre son Pays. Il parle des gens d'ici qui sont gentils. Quel beau message de générosité et de fraternité dans un monde bouleversé.
    C'était il y a plus de 90 ans. Puisse ce message être toujours répété au fil des années qui passent...
Cette page d'histoire est le fruit de récits, de confidences, souvent répétées par mes parents et mes grands-parents témoins de cette douloureuse période. Qu'à travers la Carte Postale nos poilus de 14-18 ne soient jamais oubliés.

Article rédigé par Jean SPAITE en mai 2006

La vie du village en 2006

Le temps passe dans notre petite commune et il serait bon de donner un écho des actualités :
  • L'aire de jeux pour les petits et le boulodrome pour les plus grands connaissent toujopurs autant de succès. Le terrain voisin a été acquis par la commune permettant ainsi un agrandissement de cet espace ludique et, peut-être, la réalisation d'un trottoir pour piétons côté Grande Rue. Ce dernier équipement assurerait plus de sécurité aux passants, notamment aux mamans avec leurs poussettes de bébé. L'ancienne carrière, près du cimetière, se remblaie progressivement. Le terrain reconquis sur le trou béant, déjà orné de quatre arbres le long de la route d'Ogéviller, pourrait devenir un beau stade de football pour le bonheur de nos jeunes talents qui en rêvent depuis longtemps... mais sans doute un peu plus en ces jours de Coupe du Monde 2006 ! La jeunesse de notre village, en pleine progression quand on voit la fréquentation des bus scolaires, invite les responsables à se pencher sur des activités sportives, évitant l'inactivité source de problèmes plus ou moins graves, mais toujours regrettables.
  • Notre village est toujours bien fleuri et ses habitants entretiennent leurs demeures avec passion. En 2205, un enouvelle maison, propriété de Mr.G.M. a vu le jour dans le quartier de la gare. Et, si l'on en croit la rumeur, d'autres constructions pourraient suivre. La rue des Violettes et le chemin de la Maxèle ont beénéficié d'une mise en souterrain des réseaux électrique et téléphonique. Une nouvelle borne d'incendie a été installée dans chacune de ces voiries. A propos du téléphone, le réseau à haut débit, ADSL, dessert maintenant la commune. Par ailleurs, le relais installé à Domjevin améliore la réception sur les téléphones portables.
  • Situé à 1500 m. à l'ouest de notre village, on trouve l'échangeur routier de Bénaménil permettant un accès très pratique à la nouvelle RN4 mise à 2 X 2 voies. Cet échangeur est en service depuis le 16 septembre 2003 facilitant les relations sur Lunéville et Nancy. La section suivante, prévue initialement pour 2005 est espérée pour 2006. Voilà de quoi faciliter les échanges en direction de Strasbourg.
  • Comme vous pouvez le constater, la commune de Fréménil ne joue pas la belle endormie. Certes, il reste encore à faire, mais petit à petit, cela s'améliore et devrait inciter de nouveaux habitants à bénéficier d'un cadre "où il fait bon vivre". Du calme, de la verdure et des fleurs, mais aussi à l'horizon côté Est, là où le soleil se lève, les grandes pales des éoliennes du Haut des Ailes, près d'Igney et de Repaix, qui depuis septembre tournent au gré du vent pour fournir du courant électrique. Voilà un havre de paix que beaucoup pourrait nous envier !...
Rendez-vous dans un prochain billet sur la vie du village.

Article rédigé en mai 2006 par Jean Spaite

Les numéros des maisons

Quoi de plus courant que la numérotation de nos maisons. Cela permet de situer l'habitation, le lieu où habitent les gens de notre village. Facilité pour le facteur de distribuer les messages, les lettres, les colis. Tout cela nous semble normal. Pourtant ce n'est qu'en 1967/1968 que la numérotation de notre village a été appliquée. Nouveauté, Progrès ?...
Il faut remonter 1/2 siècle en arrière pour retrouver une numérotation des lieux décidée par l'Armée.
Auparavant, les courriers étaient moins nombreux que de nos jours, on se contentait de libeller le destinataire sous la forme :
Mr.X suivi du prénom
à Fréménil, Département de Meurthe-et-Moselle
Pour l'acheminement postal, il y a eu : Fréménil par Bénaménil, puis Fréménil par Ogéviller, en fonction des dispositions administratives ! Mais à l'intérieur du village, il fallait bien que le facteur fasse appel à sa connaissance des habitants pour acheminer la bonne lettre à la bonne personne. car non seulement ils étaient nombreux, les HENRY, les BENOIT, les MANONVILLER ou les VOINOT, mais il fallait retrouver le bon René, Louis-Nicolas ou Joseph; et je ne vous parle pas des veuves... Cette difficulté de distribution postale liée à l'absence de numérotation des immeubles n'a pas échappé à l'Armée française qui, en ce secteur de combat, était en contact étroit avec la population. Certes, l'acheminement du courrier des militaires faisait l'objet du service des vaguemestres à l'intérieur d'un secteur postal, mais l'administration militaire s'étant substituée à l'administration civile, décision fût prise de numéroter les maisons.
En 1914, Monsieur Paul BALAND, instituteur à Fréménil depuis 1912, est mobilisé et part sur le front. L'administration militaire assure la poursuite de l'enseignement scolaire en nommant un instituteur militaire en la personne du Sergent LECLERC du 37e Régiment d'Infanterie (Territoriaux) d'Auxerre. Il est placé sous les ordres du Commandant LAMY, il est aussi chargé du Secrétariat de la Mairie.
C'est le Commandant LAMY qui décide de la numérotation des maisons de la commune. Le Sergent LECLERC en assure l'exécution sous la forme d'un numéro peint à l'entrée de la maison, mais également un cadre indiquant le nombre d'hommes et de chevaux en stationnement. Cette initiative bénéfique a permis une facilité de la distribution du courrier en une période où facteurs et vaguemestres avaient une moins bonne connaissance des habitants du lieu ainsi que de la présence des nombreux résidents involontaires, les braves poilus en stationnement.
Curieusement cette disposition qui avait prouvé son efficacité a été abandonnée la paix revenue. Le numéro des maisons rappelait-il trop l'époque de la guerre ? Un demi-siècle plus tard, soit en 1967/1968, on retrouve les bienfaits de la numérotation; et il est étonnant de constater que les numéros d'aujourd'hui coincident avec ce qui avait été programmé en 1914-1915 !

Article rédigé par Jean SPAITE en avril 2006

Et pourquoi pas un "p'tit Couarail" ? par Jean SPAITE

Et pourquoi pas un "p'tit Couarail" ?
Qu'en pensez-vous ? Cela fait un bon moment que l'on ne s'est pas donné de nos nouvelles. A croire qu'il ne se passe rien dans notre petit village, "au pays des Piquants"... Et bien, ce n'est pas le cas.
  • Il existe depuis 1997 l'association "Les Joyeux Piquants" présidée par Mme.Jeanine BARDOT. Cette association dynamique a pour objectif l'animation de notre village avec des manifestations : le 14 Juillet, défilé aux flambeaux avec notamment le cortège nocturne de tous nos "bouts de choux" tenant un lampion. Bien entendu, les parents ne sont pas loin de manière à surveiller et admirer leur progéniture. La fête de Saint Nicolas, patron des lorrains, n'est pas oubliée, avec la visite du Saint Evêque accompagné du légendaire Père Fouettard ! C'est encore l'occasion de recevoir des "macarons pour les garçons et des bonbons pour les demoiselles... et des coups de bâton pour les méchants"
  • Mais les "Joyeux Piquants" ont fait des petits depuis Octobre 2003 : il s'agit des "Jeunes Piquants" animés par David JAQUET, qui ont publié un bulletin pluri-annuel en couleurs, de fort bonne tenue, donnant des nouvelles pour les petits et les grands. Nous félicitons la jeune équipe pour son initiative et souhaitons longue vie à cette publication distribuée gracieusement dans chaque foyer fréménilois. Les jeunes piquants ont mis en ligne sur leur site l'essentiel de leurs travaux : vous pouvez le consulter à cette adresse : http://jeunespiquants.free.fr/
  • Le 15 août est le rendez-vous du méchoui organisé par l'association "Les Amis de Sainte Barbe" présidée par Michel NEIGE, le sympathique maire du village. La dégustation se fait d'une manière festive, sonorisée près du tourne-broche installé à la prairie, au voisinage du ruisseau La Verdurette, à côté du pont de "La Banvoire". Et s'il arrive une averse, aucune crainte à avoir, les anciens Sapeurs Pompiers ont préparé un toit pour abriter les participants.
  • Faut-il vous rappeler qu'au grè des années qui passent, pendant la Semaine Sainte qui précéde la grande fête chrétienne de Pâques, donc pendant le voyage des cloches à Rome, nos jeunes assurent le service des crécelles. Eh, oui, la tradition se garde et il est souhaitable qu'elle perdure. Les "teretteurs" annoncent les différentes sonneries d'angélus, actionnat énergiquement leurs crécelles, et n'oublient pas de venir vous trouver pour recevoir la juste rétribution de leur dévouement sous forme de friandises ou de pièces de monnaie.
  • N'oublions pas les rencontres au club du temps libre pour les plus âgés, ou les jeux de cartes et autres tarots organisés par l'ACCA, l'association des chasseurs.
  • Et l'équipement de notre village ? Que devient-il ? Tout d'abord il faut dire que 2004 a enfin vu la réalisation d'une aire de jeux située au centre du village, à l'angle de la Grande Rue et de la Rue de la Prairie, juste à côté de l'église.

    Maintes fois évoqué, le projet est devenu réalité. Il est prévu à l'usage des petits avec des tourniquets et tobogan, mais aussi pour les plus grands avec un boulodrome; de quoi satisfaire nos joueurs de pétanque qui devaient jusqu'alors se contenter de terrains improvisés et incompatibles avec leurs "Performances" !!
  • Devant l'aire de jeux, un nouvel abribus a été édifié. Il vient remplacer avec bonheur l'ancien, accolé à l'église, qui déparaît l'édifice depuis des décennies. Le vieil abribus devrait être démonté puis ré-édifié près de la maison pour tous pour servir d'abris à outils. Après une carrière d'abri pour les voyageurs des cars de lignes et des bus scolaires, d'un point de rencontre pour la jeunesse joueuse... mais à la tombée du jour... amoureuse ! Voici une fin de vie modeste mais utile : abriter des outils. Ah, si le vieil abribus pouvait parler, il en raconterait des choses !

    Qui dit abribus, dit ligne de bus... Vous serez peut-être intéressé de trouver des informations sur les lignes T.E.D à cette adresse : horaires et plan des lignes
  • Il reste à espèrer la construction d'une nouvelle maison pour tous, car l'actuelle, située derrière la mairie, est un ancien bâtiment provisoire en bois, à usage initialement scolaire, récupéré à Blainville-sur-l'eau et reconstruit sur l'ancien jardin attenant à la vieille mairie-école. La maison pour tous a le mérite de rendre service mais, accusant son âge, elle nécessite un entretien coûteux et elle appelle à une solution définitive. Un jour ou l'autre, il faudra songer sérieusement à réaliser un nouveau bâtiment adapté à ses fonctions (rencontres, repas, spectacles, bals etc...).
  • En 2004, notre village s'est agrandi et a vu la construction de maisons nouvelles. C'est tout d'abord Mr et Mme S.R. qui réalisent une belle maison, rue de la Maxelle. Vient ensuite la maison de Mr et Mme S.B., Rue des Violettes, à proximité de l'ancienne "gare du tacot". Poursuivant en direction de la RN4, sur cette rue des Violettes, longtemps baptisée rue de la Gare ou Chemin de Buriville ou même, Chemin du Bois (sous-entendu de la forêt de Mondon), une nouvelle construction s'est élevée : c'est celle de Mr et Mme C.M. , à côté de la maison de Mr et Mme D.M., récente elle aussi.




    Il nous faut évoquer aussi de nombreuses maisons existantes dans le village qui sont remises en état bénéficiant d'un confort digne de notre époque. Leurs propriétaires, par un effort soutenu, les bichonnent, les mettent en peinture, les fleurissent et, au final, peuvent être fiers du travail accompli. Tout cela bénéficie à l'embellissement de notre village.
  • Comme nous sommes loin de l'époque où l'on jugeait de la fortune des maisons de ferme par l'importance du tas de fumier, campé sur l'usoir et dont le purin malodorant suintait dans le caniveau. Cette image du passé agricole a fait place à la propreté des rues et au fleurissement des espaces communaux. Près de l'église, l'antique pompe à bras, bien remise à neuf, trône avec les fleurs qui la mettent en valeur.

    Le puits, en face, est paré de géraniums. Chaque poteau EDF est équipé de suspensions florales réalisées par les mains expertes de Mr Y.R. responsable des espaces verts, et la responsable du fleurissement, Mme J.B. Comment voulez-vous que les habitants ne suivent pas le mouvement ? Chacun y va de son bout de gazon bien tondu, de ses oeillets d'Inde, de ses pétunias, et autres merveilles aux couleurs chatoillantes. Les margelles des puits, les vieilles auges, ont été converties dans ce mouvement d'ensemble d'embellissement du cadre de vie.
  • Nous avons évoqué les différentes activités des gens du lieu. Mais n'oublions pas la pêche avec la présence de la Vezouze et de la Verdurette, voire de l'étang communal près de la RN4. Et s'il vous plait de vouloir vous promener, musarder le nez au vent dans la campagne, alors n'hésitez pas, ici vous pouvez le faire en toute tranquilité.
Ainsi va la vie de notre village
Et si ce couarail aiguisait votre curiosité et vous incitait à découvrir notre commune et, pourquoi pas, à venir y demeurer ? En 1986 la population était de 120 habitants. En 1999 nous étions 147 habitants. Avec de nouveaux venus et de nouvelles demeures, nous pourrions atteindre 200 habitants ! Le retour à la campagne pour retrouver une vie plus calme n'est pas une utopie. Rappelons qu'en 1836 nos ancêtres fréménilois étaient au nombre de 512 habitants. Il est vrai que les familles de cette époque étaient nombreuses, souvent 7-8 enfants ! Enfin, cela est une autre histoire !
Bon
On va arrêter un peu de bavarder !
Avouez que l'on a bien fait de faire une petite halte dans la vie agitée que nous menons trop souvent. Alors à bientôt pour un nouveau "p'tit couarail" !...
En vous r'voyant cousins, cousines et amis du "Pays des Piquants" !...

Article rédigé par Jean SPAITE fin 2004, revu début 2006 et mis en ligne en avril 2006.

Etat des lieux

  • D'aucuns esprits chagrins n'en finissent pas de regretter la fermeture de l'école, la disparition du café BENOÎT-VISINE, suivi par l'éphémère résurrection du "petit zinc", lui aussi disparu prématurément. D'activité agricole, la population est passée maintenant au secteur tertiaire : les hôpitaux et cliniques de Lunéville et Nancy, les centres commerciaux de Lunéville, la laiterie d'Herbéviller, constituent les pôles d'activité pour la main d'oeuvre fréméniloise, de même que quelques agents d'administration (SNCF, EDF...). Le reste de la population fait partie du monde des retraités.
  • Fréménil n'est pas un village perdu. Un boulanger ambulant lui assure le pain quotidien, plius de l'épicerie si besoin. Un épicier-primeur passe chaque semaine. Voulez-vous des surgelés ? Vous pouvez être servi à domicile. Il n'y a pas si longtemps, un marchand de chaussures et de pantoufles venait au village de même qu'un quincaillier équipé d'un ancien autobus reconverti au service commercial spécifique.
  • A propos d'autobus, le service TED (Transport en Département) des Rapides de Lorraine dessert notre commune et permet de la relier à Lunéville, Nancy, Blâmont, Cirey/Vezouze. Ce service est particulièrement économique puisque, grâce au Conseil Général de Meurthe et Moselle, il ne coûte que 1,50 Euros par voyage sur le département, quelqu'en soit la distance. Très apprécié par les habitants qui ne sont pas possesseurs d'une voiture ou qui, raisonnablement, ont renoncé au volant pour raison de santé ou autre, le service des bus TED est envié par les villages situés loin de toute desserte.
    Vous trouverez toutes informations (horaires et plan des lignes) en cliquant sur ce lien horaires et plan des lignes

Vous pouvez contacter les auteurs de ce site, Jean ou Alain SPAITE à