Patois_Lorrain.gif, janv. 2015

Nous avons eu l'occasion de rappeler un aspect aujourd'hui oublié:" Quand on parlait patois " [voir ce billet]. Eh oui, en notre Lorraine, il y a un siècle on trouvait encore des personnes qui parlaient couramment notre patois lorrain lequel, plus particulièrement en notre région, était d'essence romane, alors que plus au nord-est, le parler était de couche germanique.

Au début du XX° siècle, le patois de chez nous était courant surtout dans le monde rural. A cette époque les instituteurs, les fameux maîtres d'écoles, surnommés "les hussards noirs de la république", menaient une lutte permanente pour imposer la pratique du français dans les classes. Dans nos campagnes, les gamins en blouses noires et les filles avec leurs noeuds dans les cheveux se pliaient difficilement au règlement et, dès la sortie des cours, retrouvaient leur liberté de reparler patois avec les adultes et surtout les personnes âgées. Les pépères et les mémères trouvaient facilement les mots de patois pour "aimer leurs p'tiotes races" (1) sans pour autant les reprendre au besoin quand il le fallait, toujours en patois lorrain.

La guerre 14-18 a occasionné un brassage des hommes qui sont venus défendre nos frontières, apportant dans leurs langages des patois régionaux encore bien vivants. Mais c'est surtout à partir de cette époque que le patois s'est estompé devant le français. Les générations qui ont suivi ont adopté progressivement le langage officiel dans une pratique courante. C'est ainsi que notre patois lorrain s'est fait oublier. Aujourd'hui, certaines régions de France ont conservé leur patois, leur dialecte, comme l'Alsace toute proche, la Bretagne, le Pays Basque, les gens du Nord avec le Ch'ti mi. En ces provinces, cet aspect linguistique se révèle une conservation du patrimoine culturel. Notre Lorraine se montre particulièrement timide à ce sujet. Notre patois risque de devenir une langue morte.

Il nous est apparu intéressant de rappeler quelques mots ou expressions de cette époque où l'on parlait patois de manière à ce que cela ne tombe pas dans l'oubli. Je pense que nous ferons cet exercice périodiquement en ne manquant pas de vous rappeler, amis internautes, que cette rubrique vous est volontiers largement ouverte.

NOTA: (1)- les p'tiotes races = Leurs petits enfants. 

Jean SPAITE  Octobre 2012

  • RAMICHTOQUER     Verbe-  au propre  :réparer grossièrement, rafistoler. Au figuré  : résoudre une entente après une dispute de deux personnes.
  • CAMP VOLANT        nom commun masculin des gens du voyage. Synonyme "les romanichels", "les romanos".
  • CHARPAGNATES      nom commun masculin pluriel des gens qui font des paniers, vanniers spécialisés dans les charpagnes (paniers souvent grossiers en soles brutes)
  • RABIBOCHER           verbe- au figuré : ressouder une amitié, un couple, se réconcilier.
  • NIAH'COVEU            nom commun masculin  : personnage timide, effacé.
  • TAUGNAH'               nom commun masculin  : personnage gauche, complexé.
  • RASTAQUOUERE      nom commun masculin  : personnage étranger d'un certain âge. Expression "Un vieux rastaquouère".
  • QUOUALE                adjectif : attitude courbée, penchée, presque pliée en deux. Expression "Le pauvre paysan, dans les temps, revenait tout quouâlé après son travail dans les champs".
  • TIEUPAH                 nom commun masculin   : personnage qui postillonne (envoie de la salive) en parlant. Expression  "Le tieupâh-là qui postillonne quand il parle" .
  • NIAN-NIAN               nom commun masculin   : personnage lent, hésitant, mou. Au féminin on dira : une NIAN-NIANTE ou une NIAN-NONNE
  • PEUH                      nom commun masculin    : personnage vilain, pas beau, disgracieux. Au figuré    : mauvais .
  • PEUTE                     nom commun féminin     : une peute  = vilaine. Expression   "La peute gens-là!", "Oh, la peute bête!"
  • CRA                         nom commun masculin    : prononcer : "un crâ"; dans le langage courant = un corbeau, un freu. Autre signification  = une crotte de nez.
  • DERVIN'-DERVAU     expression    : marcher en boitant, en penchant de droite à gauche. "Et le v'la qui part dervin'-dervau".
  • CHACHER                verbe  : vient du latin calcaré, la chausse.  Expression  "Châcher le foin sur le tas au grenier", signifie monter sur le tas de foin pour le tasser en marchant dessus.
  • GOULOTTE               nom commun féminin      : un écoulement d'eau, de liquide à petit débit.
  • DIRE AMEN               expression     : accepter, "L'homme-là, il dit amen à tout ce qu'elle dit".
  • UN BLEU                   nom commun masculin     : un hématome. "Le gosse-là, il s'est battu avec l'autre grand-là, il a des bleus partout maintenant".
  • RAMINER                  verbe : avoir  des idées noires, ressasser de mauvaises idées.
  • FIN                            adjectif : beaucoup, vraîment. Expression : "Il était fin fou le jour-là".
  • FIEUR'H                    adjectif : acide, amer. Expression  : "Vot' vin est tourné en vinaigre, il est fieur'h".
  • FIACHE                     adjectif : défraîchi, le contraire de la fraîcheur, retombé, dépassé. Expression : "Vot' salade est toute fiâche".
  • BARZINGUE              nom commun masculin   : bruyant, déformation de bastringue, orchestre bruyant. Expression : "Qu'est-ce que c'est du bastringue là ?". Utilisation en adjectif : "Il est parti à tout barzingue !" signifiant " à toute vitesse, bruyamment".
  • MANRR'                    adjectif : mauvais, désagréable. Expression : "C'est une manrr' bête le chien là".
  • RESSARCI                 nom commun masculin   : raccommodage grossier. Expression : "T'as fait un ressarçi pour ton trou à la chaussette, c'est pas du travail!"
  • être FOUTRAILLE    verbe pronominal  : être en soucis. (foutraillé)
  • RAMOLOTTE            nom commun féminin : la meule à aiguiser (les couteaux, les ciseaux).
  • RAFILOTTE               nom commun féminin  : la pierre à aiguiser (les faux).
  • MOTET                     nom commun masculin : l'église - lieu où se rassemble les fidèles pour "faire monter" les prières vers le ciel. Vient de MOUSTIER, le monastère.
  • QUIQUELE                nom commun féminin : le faîte d'un arbre, la cime, la pointe. (kikêle)
  • GUENICHE                nom commun féminin    : une vulgaire poupée, poupée grossière. Par extension : une femme de peu de qualité outrageusement fardée.
  • PRECHI-PRECHA      nom commun masculin  : un beau parleur, un bavard impénitent. (préchi-précha)
  • SAPRE                      adjectif : sacré, dans le sens incroyable, (sapré) Expression : "Il a un sapré toupet l'homme-là", c'est un sacré menteur.
  • CHOLOTTE               nom commun féminin : petite échelle. La cholotte était installée à l'avant d'un chariot pour maintenir le chargement de foin ou de paille.
  • DE RENCONTRE       Expression : d'occasion. "On a acheté la table de rencontre ".
  • TETE DE BOH           nom commun féminin : silure, poisson de nos rivières. (tête de bôh )
  • CHACHUDEM           nom commun masculin : personnage toujours présent, indécollable, approuvant tout (les paroles comme les actions), disant amen à tout. Souvent compagnon de bistrot.
  • HATILLES                 nom commun féminin toujours utilisé au pluriel -1° sens : manières  Expression "faire des hâtilles", personnage compliqué. -2° sens : pour une femme  - avoir ses règles.
  • CACOTTE                 nom commun féminin : cancanière. Expression : "C'est une vieille câcotte, une vieille concierge au courant de tout".
Amis internautes, à vous de jouer: envoyez-nous des mots ou des expressions en patois. Notre quête permettra d'affirmer que notre patois lorrain n'est pas une langue morte!