dimanche 25 novembre 2007
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ADAM Henri (8.3.1911-11.3.1942)
Cultivateur, célibataire, habitait chez ses parents au 21, Grande Rue
Fait prisonnier en 1940, il est décédé pendant son séjour dans un camp à Heiningère.
MORT EN CAPTIVITE, à 31 ans
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ADAM Pierre (10.4.1921-4.10.1944)

Cultivateur, célibataire, habitait chez ses parents au 13, Rue de la Prairie
Dans sa grange, à Fréménil, au cours du bombardement du 1.10.1944, il est grièvement blessé par un éclat d'obus dans le dos qui atteint le poumon. Le 3.10.1944, les Allemands ordonnent l'évacuation du village sur Herbéviller. Le transport sur un chariot à travers la prairie est éprouvant dans son état, provoquant une hémorragie. Il meurt le 4 octobre 1944. Enterré provisoirement à Herbéviller, il sera ramené au cimetière de Fréménil par la suite.
VICTIME CIVILE, à 23 ans
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CROUZIER Albert (19.5.1870-22.11.1944)
Vannier, marié à Maria Busselot, demeurait au 42, Grande Rue
Pris dans l'incendie d'une ferme à Harbouey, au cours de l'évacuation du village, il décéde 9 jours après René Thiery (7)
VICTIME CIVILE, à 74 ans
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OTTON Camille (7.7.1881 à Domjevin-2.12.1944)
Retraité, marié, habitait dans une maison aujourd'hui démolie, voisine du 46, Grande Rue, côté Domjevin
Saute sur une mine à Fréménil, devant sa femme, au cours d'une cueillette de pissenlits au Rouard jardin. Gravement blessé, il décédera à l'hôpital de Lunéville.
VICTIME CIVILE, à 63 ans
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HENRY René (29.11.1914-1944)
Cultivateur, Célibataire, habitait avec sa mère au 17, Grande Rue

Il avait été exempté du service militaire pour mauvaise vue. Il fût arrêté par les allemands alors qu'il tentait de rejoindre les américains. Il est mort en déportation. Voir aussi les notes en (10) (11)
MORT EN DEPORTATION, à 30 ans
Avec 3 victimes, le père et 2 fils, la famille THIERY a été particulièrement éprouvée :
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THIERY Fernand (4.11.1897-19.3.1945)
Cultivateur, père de 8 enfants, habitait au 32, Grande Rue

Avec son fils André (8), il saute sur une mine au cours d'un labour à la charrue, au lieu-dit "Le Palon". Il est tué sur le coup, avec son cheval.
VICTIME CIVILE, à 48 ans
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THIERY René (23.9.1930-13.11.1944)

Demeurant chez ses parents au 32, Grande Rue
Il meurt étouffé, dans l'incendie d'une ferme à Harbouey, au cours de l'évacuation du village. (cf 3)
VICTIME CIVILE, à 14 ans
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THIERY André (9.12.1928-19.3.1945)

Demeurant chez ses parents au 32, Grande Rue
Avec son père, Fernand (6), il saute sur une mine au cours d'un labour à la charrue, au Palon. Une jambe sectionnée, il décéde le même jour.
VICTIME CIVILE, à 17 ans
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HEFTER Charles (20.11.1870-1.3.1945)
Cultivateur, Vannier, marié à Marie Adam, père de 2 enfants, il demeurait 12, Rue de la Prairie
Il saute sur une mine, près du gué, au lieu-dit "Le Breuil", alors qu'il cherchait des pissenlits.
VICTIME CIVILE, à 74 ans
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BUSSELOT Marcel (8.12.1920-1945)

Cultivateur, célibataire, habitait chez ses parents dans la maison (aujourd'hui démolie) située entre le 5bis et le 6, Rue de la Prairie
MORT EN DEPORTATION, à 25 ans
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DELONNOY André (13.5.1926-1945)

Sans profession, célibataire, il habitait chez ses parents au 11, Rue de la Prairie
MORT EN DEPORTATION, à 19 ans
Notes pour les (5),(10) et (11)
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Le 6 octobre 1944, en voulant passer les lignes aux ponts de Domjevin, Marcel Busselot, René Henry et André Delonnoy qui ont l'intention de rejoindre les américains à Bénaménil, se font arrêter par les allemands. Ils n'ont pas de papiers d'identité sur eux. Emmenés à Saint-Martin, enfermés dans une cave, puis à Cirey sur Vezouze, ils sont ensuite dirigés sur l'allemagne, au camp de concentration de Dachau où ils arrivent le 21.10.1944.
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Le 24.11.1944, René Henry et André Delonnoy quittent Dachau pour Auschwitz où ils arrivent le 28.11.1944. On perd alors leur trace et ils ont disparus, comme tant d'autres, dans ce camp de la mort entre fin 1944 et 1945.
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Marcel Busselot envoyé au commando de Augsburg-Haunstetten pour des travaux de terrassement y décédera d'épuisement dans la même période.
Ayons une pensée pour ces martyrs...
Cet article a été rédigé par Jean SPAITE le 20.11.2007
Par Alain SPAITE. 25-11-07.
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mercredi 31 mai 2006

Qu'est-ce que Voc'tolé ? Vol'Colin!
- C'est ainsi que bien souvent Marie Colin faisait son entrée. De petite taille,
vêtue de noir, un visage ridé comme une pomme reinette qui vient de passer deux
hivers, un fichu noir sur la tête en semaine, ou coiffée d'un indescriptible
"chépé" noir le dimanche, Marie Colin nous posait un problème quand nous étions
jeunes : Jamais nous n'avons pu concevoir qu'elle avait été une petite fille un
jour et puis aussi une jeune fille! C'était hors de notre compréhension.
- Elle demeurait là où est situé le 14 de la
grande rue à Fréménil (54), partie Est, puisque cette maison a été constituée
dans les années 1980 par la réunion de deux petites maisons de manouvriers.
- Sur sa tombe au cimetiere communal, on peut lire : Marie COLIN épouse CHATEL
1861-1949. C'est à 88 ans que s' éteignait une humble fréméniloise dont toute
la vie a été marquée par le travail et qui a rendu service a toute la commune.
- Son pere, Michel Colin (1826-1893), mort a 67 ans, était un pauvre manouvrier,
travaillant a droite et à gauche chez les laboureurs qui voulaient bien de lui.
Sa mère, Rosalie Adam, dite Zélie, (1828-1915) morte à 87 ans, acceptait tous
les travaux pour faire bouillir la marmite : lessive, repassage, raccommodage,
etc., sans oublier le jardinage.
- En 1880, à 19 ans, elle épouse Joseph Chatel tout en restant chez ses parents (
?). Situation peu ordinaire, vous en conviendrez ! Son mariage sera de courte
durée. Au bout de six mois "Le joseph" quitte Fréménil pour Paris où il va
trouver une place de cocher de fiacre. Pendant cette période parisienne, il
limite ses relations avec Marie Colin à quelques lettres communes avec ses
parents : "Ma chère femme, Cher Père et Chère Mère". Curieuse conception d'un
couple. Il revient a Fréménil mais reste chez ses parents qui habitent "au
Faubourg". En mauvaise santé, il meurt non sans avoir reçu une derniere visite
de "sa femme". De cette union, il n'y aura pas de descendance!
- Marie Colin, confrontée aux dures difficultés de la vie, doit y faire face et,
suivant l'exemple de sa mère, elle fera son chemin dans la lessive, le
repassage, mais elle devient rapidement habile dans la couture. Elle sait tres
bien confectionner des chemises pour homme a partir des coupons de tissus qu'on
lui apportait, de même que les pantalons de velours très prisés à l'époque.
- Quand son pere meurt, elle a 32 ans et sa mère "la Zélie", 65 ans. Les deux
femmes vont s'épauler pour faire face au destin, poursuivant leurs durs labeurs.
Elles cultivent le petit bout de jardin situé derrière leur maison (partie Est
de la maison de M. et Mme Jean-Paul B. 14 Grand-Rue) mais également leur champ "
du Paturau" (lieu-dit "les Paturaux" puis les Patureaux-Son A) qu'elle appelait
"la Ribotte", ainsi que leur petit verger "des Goths" (sur le chemin de
Buriville, a l'angle du sentier du Haut des Meix, Son B parcelle n° 187 Lieu-
dit "le Haut des Meix"). Quelques pommiers, mirabelliers, des framboisiers et
groseilliers constituent l'essentiel de leur patrimoine. Au moment des travaux
agricoles, la Zélie et la Marie Colin traversaient le village poussant devant
elles une antique et bruyante carriole d'enfants haute sur 4 roues en fer à
rayons dont la caisse fatiguée avait fait place a un coffre sommairement latté
où s'entassaient les outils de jardinage et les paniers.
- A l'aube de la Belle époque, elle a 39 ans et sa mère 72 ans. Pour les deux
femmes, les robes a froufrou et le french-cancan sont d'un monde très loin d'
elles.
- Pour famille, Marie Colin avait deux cousines ( Mesdemoiselles Lebrun) habitant
Lorquin en Moselle. Elles écrivaient de temps en temps et ce lien épistolaire
la remplissait de fierté, pauvre Marie qui n'avait que cette seule
manifestation familiale. Quand, après la guerre de 1914 les cousines de Lorquin
sont venues la voir a Fréménil, elles ont vu la petite maison de manouvrier de
Marie Colin. Apres avoir franchi la porte d'entrée peinte en blanc où la
chatière découpée dans le bas laissait passer le bon vieux matou ainsi que les
deux poules qui constituaient tout son cheptel, les deux cousines ont pris l'
étroit couloir peint à la chaux, tournant à gauche elles ont vu la petite
cuisine borgne, éclairée seulement par la porte vitrée du "poêle" qui donne sur
la rue. Une "pierre a eau" en grès sans évacuation et sans eau - il fallait
aller chercher l'eau au puits en face - une vieille cuisinière, un buffet, une
table meublaient la piece plongée dans la pénombre. La belle pièce, c'était le "
poêle" où le tic-tac de la pendule à contrepoids donnait un fond musical
ponctué par les sonneries du temps qui passe. Une table ronde au centre, un lit
de coin avec un "plumon" rouge, un crucifix a bénitier en "tête de lit" à
droite de la petite fenêtre dont les persiennes à lamelles étaient grandes
ouvertes pour donner plus de lumière. A gauche, il y avait la belle machine à
coudre Singer orgueil de la couturiere! Et puis, trônant pas loin du lit, il y
avait un vieux fauteuil Voltaire recouvert de dentelle où Marie Colin aimait se
reposer.

- Le poêle en faïence avec la porte de son four en "cuivre jaune" bien astiquée
était le meuble important qui valait le nom de la piece. Sur le mur de la
cuisine, il y avait des placards remplis de choses dont les feuilletons reliés (
provenant de l'Est Républicain et de l'Éclair de l'Est), et des livres qui
constituaient la bibliotheque de Marie Colin. Et puis, je me souviens, sur une
étagere, il y avait un "Bachus" à cheval sur un tonneau en Saint-Clément qui
avait servi dans le temps de réserve de "goutte" ou de quelque liqueur. Une
suspension à pétrole descendait du plafond bas. Les murs étaient recouverts d'
un papier peint a rayures verticales. Un calendrier des postes et une ou deux
gravures illustraient les murs. Il y avait bien sûr une pièce derrière la
cuisine et, en allant vers "les derrières", des remises ou s' entassaient des
tas de choses recouvertes de poussières et de toiles d' araignées où Marie
Colin allait peu et déconseillait à ses visiteurs d'en faire la découverte : c'
était son "reculaurüm" (dixit) qui s'apparentait a un capharnaüm.
- En 1914, avec la guerre, Marie Colin va connaître. une activité débordante.
Elle a 53 ans. Fréménil se trouve être le premier village sur le front de
Lorraine (zone de Vezouze) a conserver sa population alors que toute la rive
droite de la rivière avait été évacuée de ses habitants. C'est ainsi que
Domjevin, Blémerey, Saint-Martin, vides de leurs populations, étaient sous la
garde des seuls militaires français. La troupe comprenant le danger que
courrait la population civile qui s'accrochait a ses pauvres biens, essayait de
compenser cette situation par des actions sociales. Des "cuisines" étaient
installées dans certaines maisons du village. Comprenez qu'il s'agissait de "
roulantes"! Et les "cuistots" des roulantes se montraient généreux pour ces
civils : puisqu'ils partageaient leurs dangers, ils partageraient aussi leurs
repas. Les militaires cantonnant dans le village étaient devenus familiers des
civils : on se réconfortait mutuellement, on faisait la connaissance de braves
gens venus de l'autre bout de la France pour défendre le pays. Des amitiés se
nouaient, et, quand un jour, l'ordre tombait de monter a l'attaque du côté de
Reillon, de Vého ou de Leintrey, le village angoissé entendait le tonnerre de l'
artillerie si proche, la fusillade et les hurlements de l'attaque, la bataille
qui n'en finissait pas, les lueurs des incendies dans le ciel. Et quand
meurtris, rompus par la fatigue et l'horreur des combats, les régiments
redescendaient des lignes, les civils de Fréménil comptaient, eux aussi, les
manquants. Que de jeunesse fauchée, combien de fils, de fiancés, d'époux, de
pères de famille s'en sont allés ainsi en ces années de guerre...
- Au service de ces braves qui défendaient la patrie, Marie Colin propose ses
talents de couturière. C'était inespéré pour ces hommes dont la plupart ne
savaient pas manier une aiguille! Que de boutons recousus, de poches rapiécées,
d'accrocs réparés. Car il faut préciser que l'intendance était tres économe des
uniformes militaires. Dame, on ne remplaçait pas une chemise ou un pantalon à
la légère! Une spécialité de Marie Colin était la confection des calots, ces
célebres calots à deux pointes, qui comme tout le reste, s'usaient, se
perdaient, se salissaient. Coudre, recoudre, couper, c'était la condition de
Marie Colin. Une autre production de notre Marie la Couturiere, pour étonnante
qu'elle soit dans ces moments tragiques, c'était "Nénette et Rintintin". Avec
des morceaux de laines de couleurs, elle faisait deux petits pantins d'une
dizaine de centimètres de hauteur, bras et jambes écartées, des noeuds marquant
la tête, le corps et les membres. Ces ornements futiles faisaient la joie des
soldats qui n'hésitaient pas à en envoyer à leur famille, messages d'amour de
la part de ceux qui faisaient la guerre en Lorraine.
- En 1915, sa mere "la Zélie" meurt à 87 ans. Voici notre Marie toute seule dans
la tourmente. Comme d'habitude, elle va faire face en poursuivant ses activités
de couturière. En cette période de guerre, tous ces travaux lui vaudront
rémunérations modestes mais qui lui suffiront à survivre.
- La guerre finie, Marie Colin travaille dur. La couturière de Fréménil a du pain
sur la planche pour satisfaire tout le monde, tant au village que dans les
villages voisins. L'économie reprend. Il faut bien s'habiller et on n'a encore
pas pris l'habitude de se fournir "en confection". Alors elle fait des
pantalons, des chemises, des vestes pour homme, des robes, des tabliers, des
corsages, des manteaux pour femme. C'est a cette époque qu'elle fait l'
acquisition d'une machine a coudre Singer. Quelle légitime fierté que ce
témoignage du progrès. Il fallait la voir pédaler pour actionner la courroie de
cuir qui faisait tourner la machine dans un "tac-a-tac" triomphant!
- A propos de chemises, mesurons l'habileté de Marie Colin la Couturière qui
honorera une série de commandes : toute seule, elle arrivait à produire quatre
chemises d'hommes par jour. Levée avec le soleil, sa première chemise était
terminée a 8 heures du matin! Saluons le travail et la rapidité d' exécution
comprenant la coupe, l'assemblage, le façonnage du col, des poignets et des
boutonnières. Bravo Marie! Avec des chutes de tissus elle fabrique des "patins",
chaussons simples et pratiques. Elle va aussi broder des draps, des taies d'
oreillers, des mouchoirs, des nappes, pour Madame Alice Manonviller,
entrepreneur de broderie blanche a Fréménil. Le Pere Denis, son voisin, avait
recours a ses talents pour lui faire réaliser des pantalons de velours dont le
tissu provenait des usines Bechmann d'Ogéviller. Pour lui, plâtrier de son état,
qui allait sur les chantiers ainsi que pour son fils, le Louis, Marie Colin
fabriquait des chemises molletonnées presque inusables. En échange de quoi, il
lui faisait son bois pour l'hiver. Pas d'échange d'argent : Cette époque était
encore marquée par le troc.
- Mais toute cette vie active, que d' aucun trouve-ront bien banale était
émaillée par des moments de bonheur. Elle aimait les enfants des autres puisqu'
elle n'en avait pas. Animée d'une grande foi, elle fréquentait l'église, disait
son chapelet et essayait de vivre son temps terrestre en accord avec son
catéchisme. Son visage, ridé de bonne heure, savait s'éclairer pour une
histoire d'amour. Qu'untel "fréquente" une telle dans le village et notre Marie
Colin était contente pour ce roman qui s' annonçait. Romantique, elle l'était,
car elle appréciait les livres. Delly, Max du Veuzit, étaient des auteurs qui
la comblaient d'aise car, au moins là, tout finissait bien : "Ils furent
heureux et eurent beaucoup d'enfants". Et puis c' était souvent une fille
pauvre qui rencontrait un beau jeune homme riche, et cela faisait rêver notre
Marie Colin. En ce temps-la, on lisait "Les Veillées des Chaumières", les
feuilletons des journaux l'Est Républicain, La Croix de l'Est, L'Éclair, Le
Pelerin, La Croix (de Paris). Découpés et reliés par un gros fil, ces
feuilletons constituaient une bibliotheque que l'on se passait de l'un à l'
autre en donnant son appréciation. Le roman qui lui avait laissé un souvenir
impérissable, c'était "Patrie perdue" dont l'action se situait en Alsace-
Lorraine prise par les Allemands après la défaite de 1870. Pour se tenir au
courant de la mode, elle était friande du "Petit Écho de la Mode", "Mon Ouvrage"
, "Mode de Paris" qu'on lui prêtait.
- Elle n'était pas une cuisinière émérite mais aimait encore bien les douceurs.
Dans le domaine de la pâtisserie, elle réalisait souvent un "Tôt-fait" qui,
comme son nom l'indique devait être rapidement exécuté. Mais que de fois n'
était-elle pas à la recherche de la " saprée recette du Tôt-fait" qu'elle avait
égarée ! Des moments de bonheur, Marie Colin en trouvait aussi dans les
couarails et les veillées. Je me souviens d'elle quand elle venait chez ma
grand-mère en plein hiver. La tête couverte d'un fichu noir, une pèlerine sur
les épaules, engoncée dans un vieux manteau noir, elle arrivait chargée comme
un mulet avec une lanterne et son cabas à rabat contenant son ouvrage de
couture ou de tricot. Souvent, je l'ai vue arriver avec son "covah", sa
chaufferette pour réchauffer ses pieds trop souvent froids. En dernier, ma
grand-mère lui préparait elle-même une chaufferette avec des braises bien
chaudes pour qu'elle n'ait pas le souci de ce chargement supplémentaire dans
son déménagement. Elle aimait ses veillées ou elle pouvait parler du temps
passé, de la guerre de 14, elle citait les noms des soldats, de ceux qui
étaient partis pour ne plus jamais revenir; pour elle, tous ces événements
étaient proches, elle les revivait à l'instant. Et puis, il ne se passait pas
de veillées sans que notre Marie ne chante une chanson. Je l' entends encore
chanter de sa voix un peu chevrotante mais encore juste " Froufrou" ou 'La
Madelon", mais celle qu'elle aimait bien c'était celle qui racontait à un
enfant l'épopée de Son père aviateur pendant la guerre, mort au champ d'honneur
:
"Il est parti sur un nuage, tout là-haut, bien haut Dans les cieux, en disant
surtout soit bien sage, Je m'en vais tout prêt du Bon Dieu!".
- Une autre de ses prouesses vocales était "la chanson des départements". Sous la
forme d'une comptine, elle récitait, comme une litanie chantée, les
départements de la France avec les chefs-lieux et les sous-préfectures.
Véritable exercice de mémoire qu'elle réalisait comme un "chef" !
- Avec l'âge, Marie Colin perdait ses facultés. Elle devenait "sourde comme un
pot" obligeant ses interlocuteurs a crier pour se faire entendre. Sa vue s'en
allait aussi et les lunettes équipées de verres gros comme des loupes étaient
insuffisantes et ne lui permettaient plus d'exercer ses talents de couturiere
et de brodeuse. Elle qui vivait déja chichement était contrainte a de
nouvelles économies. Ma grand-mère essayait autant que faire se peut d'
améliorer son ordinaire et lui préparait quelques soupes et autres mets plus
consistants. Certains dimanches, elle avait droit a un dessert tel que le
clafoutis, le savarin ou le baba au rhum qu'elle aimait. Elle ne manquait pas
le lendemain de remercier encore et, pour souligner l'excellence de la
pâtisserie, elle avait enrichi le vocabu- laire lorrain d'une appellation toute
personnelle : "Mon Dieu, le Bibon le Savarin de dimanche, Alice! Mon Dieu, le
Bibon!" du préfixe Bi : deux fois et Bon - donc deux fois bon ; quel critère
de qualité!
- Pauvre Marie Colin dont toute sa vie ne fût que travail et sacrifice pour
arriver a joindre les deux bouts, à une époque qui ignorait l'allocation
vieillesse. Mais sa force fût sa simplicité et sa bonne humeur qui lui permit
de traverser les vicissitudes de la vie. Voilà le portrait d'une vie... d'une
vie bien simple... Et pourtant dans sa simplicité notre personnage a servi ses
contemporains. Chaque individu a une place dans ce monde. Marie Colin, en son
temps, a tenu la sienne a sa manière, avec courage, en dépit des difficultés...
Article écrit par Jean Spaite et publié dans la Revue Lorraine Populaire de
décembre 1998, No.145
Par Alain SPAITE. 31-05-06.
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dimanche 28 mai 2006
- Du vieux clocher de Fréménil, la sonnerie de l'angélus s'envolait sur le
village, portant son harmonie sur tout le finage (1) et même au-delà dans les
paroisses voisines de Domjevin et de Blémerey qui s'éveillaient à leur tour.
Bien peu de personnes savaient que la plus grosse cloche de la trilogie
habitant le motet (2) avait pour nom de baptême "Marie-Élisabeth" du nom de sa
marraine Marie Elisabeth Anna Mengin, son parrain était Jean Joseph Félix Adam,
et c'est en 1896 que la cérémonie de baptême et d'installation de la jeune
baptisée avait eu lieu dans le clocher paroissial. Depuis, au gré du temps
qui passe et des événements, tristes ou joyeux, elle avait assuré son service
de sonner angélus, messes, tocsins ou carillons. Elle faisait partie intégrante
de la vie du village, rythmant ponctuellement les activités journalières.
Mais qui était donc Marie Élisabeth Anna Mengin, sa marraine ?
- Marie Elisabeth Anna Mengin avait 39 ans lors du baptême de la cloche qui
portait son nom. En cette même année 1896, elle devait perdre son père
François Nicolas Camille Mengin, âgé de 64 ans, fermier aisé qui vivait de ses
rentes et qui avait été maire de la commune de 1870 à 1896. Héritière d'une
vieille famille fréméniloise, elle avait vu le jour dans le pays de sa mère
Marie Barbe Élisabeth Gérard, à Ancerviller le 23 mai 1857. L'accouchement
auprès de la mère de la parturiente était une chose courante en ce temps-là.
Son arrière grand-père Nicolas Mengin (1773-1854), maire de Fréménil de 1820
à 1829, avait fait bâtir la ferme qui était la base de cette famille de
propriétaires agricoles et qui avait valu sa prospérité. Aujourd'hui encore, on
remarque au linteau de la porte d'entrée de cette ferme (sise 9 Grande-Rue) l'
inscription :
18 NMG ♥♥ MTA 22
qui signifie Nicolas Mengin - Marie-Thérèse Aubry avec datation de la
construction 1822.
- En face de cette ferme (16 Grande-Rue), une belle construction cossue avec un
parc attenant était la propriété où résidaient François Nicolas Camille Mengin,
son épouse Marie Barbe Elisabeth et sa fille Anna. Une belle grille en fer
forgé en limitait l'entrée, cependant que toute la propriété était ceinturée de
murs de maçonnerie de deux mètres de haut. Bien des personnes du village et
des environs surnommaient la propriété "le château". Il est vrai que la demeure
avait fière allure, tranchant avec les autres constructions du village,
beaucoup plus modestes, avec ses deux marronniers majestueux flanquant son
entrée et un sapin de plus de 12 mètres de hauteur dans le parc jardin voisin.
- De sa prime enfance,, nous ne disposons que de peu de renseignements. Marie
Élisabeth Anna Mengin a bénéficié d'un environnement familial aisé et plein d'
attention pour l'enfant unique qu'elle était. Éducation rigide, enseignement
particulier par des professeurs privés, pratique musicale, notamment du piano,
et travaux de broderie et crochet lui furent prodigués par sa famille. Marie
Elisabeth Anna Mengin avait 13 ans lors de la guerre de 1870. Elle a 43 ans en
1900 à la Belle Epoque et 48 ans au décès de sa mère survenu en 1905.
Célibataire, répondant à une fière tradition d'une famille aisée et bien
pensante, " Mademoiselle Mengin" était respectée par tous. Son esprit de
charité l'orientait vers les personnes en difficultés que l'on qualifierait
aujourd'hui "d'économiquement faibles". Son esprit religieux la faisait fidèle
aux cérémonies paroissiales. Elle avait sa chaise réservée au fond de l'église
près des fonts baptismaux, ce qui traduisait là sa modestie, accompagnée de sa
fidèle Servante Émilienne Villeman. Aider la paroisse était dans son programme
de vie et sa générosité se manifestait par des dons directs au curé en poste,
des achats les plus divers. Ne lui doit-on pas l'harmonium qui constitue une
première dans les villages environnants, les nombreuses statues : Sacré Coeur,
Vierge Marie, Sainte Thérèse, les linges d'autel, les personnages de la crèche
de Noël. Le lustre d'éclairage en cristal de Baccarat plein de "pendeloques" (
sorte de larmes qui pendaient sous chaque bougeoir) et terminé par une belle
boule également en cristal, faisait partie de ses acquisitions pour l'
embellissement de l'église. Ce luminaire d'exception a été définitivement
endommagé en octobre 1944 pendant l'évacuation du village et l'occupation par
les troupes allemandes puis alliées.
- Qui ne se souvient de la distribution des oeufs de Pâques à l'issue de la
cérémonie du jour ? Ah, quel heureux jour pour les enfants du village : "La
Demoiselle" s'installait sur sa chaise à la porte de l'église sous les cloches
et procédait elle-même à la distribution. Ces oeufs en sucre, finement décorés
faisaient la fierté des gosses que nous étions, nos yeux brillaient de
convoitise gourmande. La "Demoiselle" éprouvait une joie bien légitime à faire
plaisir aux autres qui compensait sa solitude, elle qui n' avait pas d'enfant...
Et là-haut, dans le clocher, les cloches, sa cloche, sonnaient, carillonnaient,
sous la frappe experte de Lucien Carmentré.
- Son dévouement pour les autres, on le retrouve dans la venue d'une "chère
soeur" à Fréménil qu'elle obtint de la Congrégation des Soeurs de Saint
Charles de Nancy. Ce sera Soeur Sabine qui sera affectée à la lourde tâche de
faire le catéchisme, enseigner la couture et les conseils ménagers. La gent
féminine du lieu doit beaucoup à cet enseignement précieux et gratuit, à une
époque où l'on ne parlait pas de Service Social. La Soeur était logée et
nourrie aux frais de " la Demoiselle".
- En 1914, le canon gronde, elle a 57 ans.
- "Le château" est réquisitionné pour abriter un commandement militaire. Les
officiers apprécient cette vaste maison qui constitue un havre de paix
relative à deux pas du front. Rappelons que le front de Lorraine s'est
stabilisé pendant près de quatre longues années sur les hauteurs dominantes de
la vallée de la Vezouze. Tous les villages situés sur la rive droite du cours d'
eau furent évacués : Manonviller, Domjevin, Blémerey, Saint-Martin. Les lieux
des combats avaient pour noms : Forêt de Parroy, Emberménil, Leintrey, Vého,
Reillon. Le magnifique sapin situé dans le jardin allait constituer un
observatoire de premier choix et une platetforme planchéiée avait été aménagée
dans ses branchages ainsi qu'une antenne reliée au poste de radio (la TSF),
émetteur récepteur sis dans les arrières de la Maison Carmentré (actuellement
n° 7 Grande-Rue).
- La période de paix de 1918 à 1939 se traduit par un calme reposant après l'
épreuve de la 1ère Guerre mondiale. Le pays panse ses plaies, reconstruit les
maisons détruites. Le "château" est l'objet d'un entretien suivi, cependant que
jardin et parc sont confiés aux mains expertes d'un jardinier. Toujours
dévouée, "La Demoiselle" n'hésite pas à assurer la formation musicale de
quelques élèves et le "château" résonne des notes hésitantes mais cent fois
répétées du "gai laboureur" sur le piano du lieu. La pratique religieuse permet
la réalisation de magnifiques reposoirs lors de la célébration de la Fête-Dieu
et celui situé devant la "Maison de la Demoiselle" rivalise avec ceux du reste
du village.
- 1938 voit des manoeuvres militaires dans notre village. La vie
étant un éternel recommencement, une batterie d'artillerie stationne sur le
terre-plein devant la maison de Mademoiselle Mengin avec quatre pièces de 105
dont les grosses roues sont équipées de palettes qui se veulent tout terrain.
- 1939, voici de nouveau la guerre. Mademoiselle Mengin a déjà 82 ans. Les
hommes sont mobilisés, "la Demoiselle" n'hésite pas à se mobiliser aussi.
Chaque soldat du village va recevoir un colis confectionné avec beaucoup d'
amour. Le rude hiver 1939-1940 sera l'occasion d'apprécier les passe-montagnes,
les cache-col, les chaussettes et les gants tricotés par ses soins. Elle incite
d'autres bonnes volontés à suivre son exemple, se chargeant des colis et des
expéditions. Et 1940 voit la débâcle et les prisonniers dans les camps. "La
Demoiselle" poursuit inlassablement son travail de fourmi charitable envers les
prisonniers et leurs familles.
- Quatre années de guerre vont passer. "La Demoiselle" subit cette épreuve
sachant qu'il y a plus malheureux qu'elle sur terre : les gens des villes qui
ont tant de mal à se nourrir, les prisonniers, ses chers prisonniers pour
lesquels elle pense et prie... Les soldats sur tous les fronts...
- Les combats précédant la libération du territoire se rapprochent
et le front se stabilise depuis septembre 1944. Nous sommes en pleine bataille
de Lorraine qui fait suite à la bataille de Dompaire dans les Vosges qui avait
vu les chars de la 2` DB du Général Leclerc s'attaquer aux Panzers allemands.
Les "Panthers" rescapés de cette bataille regroupés sur la vallée de la Vezouze,
les forêts de Mondon et de Parroy décident une contre-attaque sur Lunéville. La
3ème Armée US du Général Patton et ses chars "Sherman" sortira victorieuse de
cette bataille qui aura pour conséquences de nombreux dégâts au nord-est de
Lunéville (zone d'Arracourt, Bures, Lezey, Réchicourt).
- Les autorités allemandes décrètent l'évacuation de toute la population située
dans cette zone à dater du 3 octobre 1944. Mademoiselle Mengin fait partie des
évacués. Elle part avec sa fidèle servante sur le chariot de son fermier René
Henry et les siens. Quelle épreuve pour une femme de 87 ans, étrangère aux
campements de fortune, aux risques des bombardements et des mitraillages, à la
rudesse des soldats allemands. Ils font étape à Herbéviller, Domévre, Blâmont.
Ils logent dans les granges, dans les caves, et rarement dans un vrai lit.
Enfin, le 18 novembre 1944, Blâmont est libérée par la 79° Division d'
Infanterie US. Quelle joie pour tous, mais tous n'ont qu'une hâte : rentrer
chez soi ! La rentrée sera effective le 24 novembre 1944. Quel spectacle de
désolation de voir sa maison spoliée, livrée aux courants d'air, des trous d'
obus et des flaques d' eau partout, plus d'électricité... Un grand nettoyage s'
impose ! Et heureux qui peut encore s'abriter sous un toit, même percé par
endroit !... Avec courage, " La Demoiselle" surmonte une fois de plus cette
épreuve. Après avoir fait mettre hors d'eau "son château", consciente que les
habitants du village n'ont plus qu'une église fortement endommagée, aux vitraux
totalement détruits, où l'on ne petit plus célébrer la messe, elle fait
aménager à ses frais une chapelle provisoire dans son grenier. La vie reprend
peu à peu son cours. C'est l'époque de la reconstruction et de l'espoir en une
paix durable enfin retrouvée. Fatiguée par une vie où elle s'est mise toujours
au service des autres, "la Demoiselle" s'éteint le 20 novembre 1948 à 14 heures
pour un repos mérité à l' âge de 91 ans. Il y a de cela un demi-siècle... Nous
garderons d'elle le souvenir d'une personne charitable, empreinte d'une
certaine noblesse, qui a marqué à sa façon son passage sur terre.
- Sur le tombeau familial au cimetière de Fréménil, aucune marque particulière
sur les personnages qui y sont enterrés. Puissent ces quelques lignes apporter
la preuve que "la Demoiselle" a fait du bien lors de son passage ici-bas.
Écoutez... la grosse cloche de l'église pense comme nous...
- Encore une preuve de son action charitable : la donation perpétuelle que Mlle
Mengin a fait à l'hôpital de Blâmant pour réserver un lit destiné à accueillir
un malade de Fréménil, hébergement gratuit. Depuis cette donation, de nombreux
Fréménilois ont bénéficié de ce service. Discrétion, mais efficacité... Merci "
La Demoiselle"...
NOTES
- (1) Finage : n.m. Territoire relevant de la juridiction d'un seigneur. Par
extension, territoire communal paroissial.
- (2) Motet : n.m. Église (de moustier : monastère).
Cet article a été rédigé par Jean SPAITE et publié dans la Revue Lorraine Populaire d'avril 1999, No.147
Par Alain SPAITE. 28-05-06.
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dimanche 14 mai 2006
Voici une petite leçon d'histoire à partir d'une carte postale de Fréménil,
1ere guerre mondiale 1914-1918...

- Cette carte postale représentant la vue extérieure de l'église côté escalier, encadrée de deux maronniers a été éditée par Mr.BASTIEN libraire,
éditeur à Lunéville, en 1906. Elle porte l'inscription "Fréménil - Vue intérieure" en sa partie supérieure.
Mr.BASTIEN a eu le mérite de parcourir le Lunévillois, fixant pour la postérité des clichés révélateurs d'une époque aujourd'hui bien lointaine.
Cent ans déjà !... Pour les fréménilois connaisseurs, elle présente de gauche à droite les personnages çi-après :
- Alice GLAUDEL
- Henri BENOIT
- Julia VOINOT
- Lisa GASCART
- Louis (ou René) ADAM (en arrière plan)
- Rose GASCART
Tous reposent maintenant en paix au cimetière communal.
- La particularité de cette carte est la suivante : c'est la carte postale que l'on retrouve le plus souvent, concernant le village, dans les
brocantes, chez les spécialistes cartophiles, à l'autre bout de la France !...
Une dame, collectionneuse de cartes postales de Fréménil, m'avouait avoir déniché cette vue dans un marché de la carte postale en Ardéche après
l'avoir vainement cherché dans les salons régionaux. C'était il y a déjà quelques années. Depuis, les spécialistes réassortissent leurs
produits en fonction des régions d'origine de façon à optimiser leurs ventes.
- Il y a une explication à cela :
La carte a été éditée en 1906.
On pouvait la trouver à l'époque à Lunéville chez son éditeur, Mr.BASTIEN, mais également et surtout à Fréménil chez Mr.HEFTER qui tenait le seul
café du village, faisant fonction d'auberge, bureau de tabac et petite épicerie. Il avait donc acheté un stock de cartes postales, pour avoir un
prix compétitif, mais aussi dans l'espoir que ce mode d'échange de courrier, "la carte postale", serait une formule d'avenir. Dans les années
suivantes on trouvera d'autres clichés réalisés par différents photographes-éditeurs concernant différents aspects du village.
- Arrive 1914 et la première guerre mondiale. Le 3 août 1914, la guerre est déclarée à l'Allemagne. La région lorraine, située à la frontière
de l'empire germanique qui, après la défaite de 1870, avait absorbé nos provinces d'Alsace et Moselle, voit arriver une bonne partie de l'Armée
française sur ses terres pour en assurer la défense. Comme toutes les communes de France, Fréménil verra la mobilisation de ses enfants dont
beaucoup sont morts pour le Pays. Dès le début des hostilités, les populations de la rive droite de la Vezouze sont évacuées vers l'intérieur
(région de Gerbéviller, Vallée de la Mortagne). Si Manonviller, Domjevin, Blémerey, Vého sont desertés, Fréménil en revanche conserve ses habitants
qui connaissent l'offensive française du mois d'août suivie de la retraite devant la contre-offensive ennemie, elle-même limitée à la trouée de
Charmes puis repoussée enfin sur un front qui stagnera durant tout le reste de la guerre. Bien que figé, ce front restera actif, causant de nombreux
morts de part et d'autre que l'on retrouve aujourd'hui au cimetière militaire de Reillon.
Fréménil se trouve juste à la limite des zones de combat qui ont pour noms : Blémerey, Reillon, Vého, Leintrey, Emberménil. C'est le "premier village
de l'arrière" où les troupes peuvent se reposer un peu avant de repartir au combat. C'est le village où l'on trouvera pas moins de "cinq roulantes"
pour approvisionner les soldats, tant sur place que "à l'avant" grâce à une noria d'équipes "de marmites et de bouteillons" assurant la nourriture
de ces hommes qui en ont bien besoin. Ce sont les "corvées de la soupe" indispensables et qui avaient pour origine, à ce moment, notre petit
village.
Sur place il y aura un petit hôpital de campagne sous la forme de trois "barraques ADRIAN" situées à l'intérieur du village (Angle Grande Rue, chemin
de la Maxèle). Fréménil pour les soldats, c'est le repos; c'est une population qui soutient, qui aide, qui considère comme ses fils tous ces petits
gars qui viennent de toute la France dans une région inconnue par eux. Et ils le disent chez eux, dans leurs lettres à leurs parents, à leurs amis,
à leur payse, à leur promise ... Ils envoient des cartes postales pour montrer où ils sont. "Ici les gens sont gentils avec nous. Il fait bon avec
eux". Voici les messages dans les lettres, au dos des cartes postales de Fréménil. La plus vendue est bien la carte représentant l'église, témoignage
d'une certaine sérénité de ses habitants, symbole de la paix d'avant le conflit.
- Nous avons pu retrouver les noms de certains régiments stationnés à Fréménil. Ils permettent de situer la destination des messages envoyés par
les soldats de la première guerre, qualifiée souvent de "la grande guerre" tant elle a été dure et trop longue pour tous :
- 14eme Dragons de Saint Etienne
- 19eme Dragons de Castres
- 28eme Dragons de Dijon
- 10eme d'Infanterie d'Auxonne
- 75eme d'Infanterie de Romans
- 27eme d'Infanterie de Dijon
- 1ere Cycliste de Limoges
- 15eme Chasseurs à Cheval de Vienne
- 11eme Hussards de Tarascon
- 7eme Chasseurs alpins de Draguignan
- 138eme d'Infanterie de Bruyères
- 139eme d'Infanterie d'Epinal
- 348eme d'Infanterie de Saint-Dié
- 257eme d'Infanterie de Lyon
- 221eme d'Infanterie de Langres
- 138eme d'Infanterie de Lyon
- 217eme d'Infanterie de Gap
- 335eme d'Infanterie d'Angers
- 333eme d'Infanterie de Belley
- 8eme d'Artillerie de Lunéville
- 34eme d'Artillerie de Lyon
- 37eme Territorial d'Auxerre
- 11eme Territorial d'Auxerre
- 168eme d'Infanterie de Toul
- 4eme Génie de Grenoble
- 10eme Génie de Grenoble
- 14eme d'Artillerie de Tarbes
- 21eme d'Artillerie d'Angoulême
- 167eme d'Infanterie de Toul
- 85eme Territorial de Cosme
- 16eme Chasseurs à pied de Lille
- 8eme Chasseurs à pied d'Amiens
Liste non limitative
Période 1914-1915-1916
- N'oublions pas que les habitants de Fréménil, du premier village de l'arrière, qui accueillaient ces troupes, les considéraient avec amitié,
assistaient aussi à leur départ à l'attaque. Après un rassemblement le soir, distribution de "gniole" pour être courageux au combat, c'est le départ
en silence, la traversée de la prairie, de la Vezouze, la montée vers Blémerey et depuis le village où déjà les larmes coulaient sur les visages,
on pouvait voir les feux d'artifice des fusées, on entendait les longs hurlements des attaquants qui se ruaient les uns vers les autres, couverts par
les coups de feu continus, les rafales de la mitraille et les salves des canons. Après des heures qui n'en finissaient pas, c'était les premières
nouvelles !
Les mauvaises nouvelles souvent.
Tel ou tel brave garçon ne reverrait plus son pays. Il était mort au combat. Et souvent l'officier de la compagnie, chargé de transmettre la mauvaise
nouvelle à la famille, demandait à la famille fréméniloise qui l'avait hébergé, connu et l'avait accueilli en ami, d'envoyer également un courrier
pour soutenir cette famille dans le chagrin. Mais quel bonheur d'apprendre que les autres s'en sont sortis, blessés peut-être, mais vivants.
De ces rencontres humaines hors du commun sont nées des amitiés entre les gars du Midi, de l'Aquitaine, du Lyonnais... et des Lorrains et des
Lorraines. Des mariages sont même nés de cette guerre
- Une simple carte postale de Fréménil, achetée ici, au village, écrite pendant la guerre 14-18 par un soldat venu de l'autre bout de la France
pour défendre son Pays. Il parle des gens d'ici qui sont gentils. Quel beau message de générosité et de fraternité dans un monde bouleversé.
C'était il y a plus de 90 ans. Puisse ce message être toujours répété au fil des années qui passent...
Cette page d'histoire est le fruit de récits, de confidences, souvent répétées par mes parents et mes grands-parents témoins de cette douloureuse
période. Qu'à travers la Carte Postale nos poilus de 14-18 ne soient jamais oubliés.
Article rédigé par Jean SPAITE en mai 2006
Par Alain SPAITE. 14-05-06.
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Quoi de plus courant que la numérotation de nos maisons. Cela permet de situer l'habitation, le lieu où habitent les gens de notre village.
Facilité pour le facteur de distribuer les messages, les lettres, les colis. Tout cela nous semble normal. Pourtant ce n'est qu'en 1967/1968
que la numérotation de notre village a été appliquée. Nouveauté, Progrès ?...
Il faut remonter 1/2 siècle en arrière pour retrouver une numérotation des lieux décidée par l'Armée.
Auparavant, les courriers étaient moins nombreux que de nos jours, on se contentait de libeller le destinataire sous la forme :
Mr.X suivi du prénom
à Fréménil, Département de Meurthe-et-Moselle
Pour l'acheminement postal, il y a eu : Fréménil par Bénaménil, puis Fréménil par Ogéviller, en fonction des dispositions administratives ! Mais
à l'intérieur du village, il fallait bien que le facteur fasse appel à sa connaissance des habitants pour acheminer la bonne lettre à la bonne
personne. car non seulement ils étaient nombreux, les HENRY, les BENOIT, les MANONVILLER ou les VOINOT, mais il fallait retrouver le bon René,
Louis-Nicolas ou Joseph; et je ne vous parle pas des veuves... Cette difficulté de distribution postale liée à l'absence de numérotation des
immeubles n'a pas échappé à l'Armée française qui, en ce secteur de combat, était en contact étroit avec la population. Certes, l'acheminement
du courrier des militaires faisait l'objet du service des vaguemestres à l'intérieur d'un secteur postal, mais l'administration militaire s'étant
substituée à l'administration civile, décision fût prise de numéroter les maisons.
En 1914, Monsieur Paul BALAND, instituteur à Fréménil depuis 1912, est mobilisé et part sur le front. L'administration militaire assure la
poursuite de l'enseignement scolaire en nommant un instituteur militaire en la personne du Sergent LECLERC du 37e Régiment d'Infanterie
(Territoriaux) d'Auxerre. Il est placé sous les ordres du Commandant LAMY, il est aussi chargé du Secrétariat de la Mairie.
C'est le Commandant LAMY qui décide de la numérotation des maisons de la commune. Le Sergent LECLERC en assure l'exécution sous la forme d'un
numéro peint à l'entrée de la maison, mais également un cadre indiquant le nombre d'hommes et de chevaux en stationnement. Cette initiative
bénéfique a permis une facilité de la distribution du courrier en une période où facteurs et vaguemestres avaient une moins bonne connaissance
des habitants du lieu ainsi que de la présence des nombreux résidents involontaires, les braves poilus en stationnement.
Curieusement cette disposition qui avait prouvé son efficacité a été abandonnée la paix revenue. Le numéro des maisons rappelait-il trop l'époque
de la guerre ? Un demi-siècle plus tard, soit en 1967/1968, on retrouve les bienfaits de la numérotation; et il est étonnant de constater que
les numéros d'aujourd'hui coincident avec ce qui avait été programmé en 1914-1915 !
Article rédigé par Jean SPAITE en avril 2006
Par Alain SPAITE. 14-05-06.
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vendredi 24 mars 2006
- Au gré des ans on trouve notre village sous l’appellation de FOUMENIL, FRATRUM MANSILE (Le village des Frères)
- La terminaison MENIL indique une origine de l’époque gallo-romaine.
- En 1034, des titres de l’abbaye de St REMY de LUNEVILLE mentionnent que les habitants de FREMENIL, tout comme ceux de VEHO, sont tenus d’assurer l’entretien du pont de DOMJEVIN sur la Vezouze.
- En 1478 on retrouve notre village sous l’appellation de FREMIMENIL.
- D’abord un hameau, composé de quelques habitations de fermiers qui s’étaient placés sous la protection des Templiers de DOMJEVIN, FREMENIL ne figure pas sur les cartes des Trois Evêchés avant le XVIIe Siècle. Tout laisse à penser que c’est auprès du vieux puits banal, qui lui a fourni l’eau potable (élément essentiel pour la vie des hommes et des animaux), que s’est édifié progressivement le village avec ses maisons de fermiers, de laboureurs et de manouvriers. Le lieu du culte a dû accompagner la création du village.
- FREMENIL dépendait du domaine des Evêques de METZ. D’abord annexe de MIGNEVILLE, Monsieur de BISSY, Evêque de TOUL, l’unit à la paroisse de BENAMENIL le 22 Octobre 1686. En 1756, on retrouve notre village sous l’appellation de FRIMENIL avec son écart “le Moulin de la Baraque” qui relèvent du Diocèse de METZ - juridiction et généralité de VIC.
- L’église a été bâtie (ou plus vraisemblablement reconstruite) en 1766.
- En 1768, Monsieur de LIGNIVILLE était Seigneur de FREMENIL.
- Dans les anciennes divisions de 1790 on trouve FREMENIL, canton d’OGEVILLER, District de BLAMONT - Circonscription ecclésiastique: Diocèse de METZ.
- En 1853 à la Baraque, Moulin, il y a une maison, 2 ménages et 10 habitants.
- En 1914, toujours à la Baraque, voici une photo d'un groupe de soldats (dont le soldat Denis KALECHE, debout devant) savourant une pause bien méritée.
- En Juillet 1936, Monsieur l’Abbé Emile HATTON curé de DOMJEVIN, professeur d’histoire procéda à des fouilles archéologiques au cimetière de FREMENIL. Les pièces dégagées confirment l’origine gallo-romaine de notre village.
Par Alain SPAITE. 24-03-06.
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